Béatification du Père Pierre Vigne

Le Père Pierre Vigne, prêtre né en Ardèche a été béatifié à Rome par le Pape Jean-Paul II le dimanche 3 octobre 2004.

D’abord quelques photos :

Le pape Jean Paul II pendant la béatification

Mgr Blondel et Mgr Lagleize

Sur la place St Pierre

Sommaire

1 - Editorial de Mgr Blondel : « Appelés à la sainteté »

2 - Qui est Pierre Vigne ?

3 - Ses missions en Ardèche

4 - Le grand chemin de croix ou « le grand voyage »

5 - La Congrégation des Sœurs du Saint Sacrement

6 - Liste des saints et bienheureux ardéchois

1 - Editorial de Mgr François Blondel, Evêque de Viviers

Appelés à la sainteté

Avec un certain nombre d’Ardéchois et de Drômois, je vais vivre à Rome le 3 octobre la Béatification du Père Pierre VIGNE. J’invite tout le diocèse à s’unir à ce qui est un événement.

Francesca, Brésilienne, miraculée

Nous ressentons une fierté certaine à évoquer la vie de cet homme de chez nous.

Il est passé par nos paroisses pour renouveler, par ses missions, la foi et pour la nourrir et la centrer sur l’Eucharistie. Son souvenir reste marqué dans certains de nos sites par les chapelles des chemins de croix, soit relevées, soit créées, Burzet et spécialement Boucieu-le-Roi où il est enterré.

Nous rendrons grâce aussi pour la mission éducative de la congrégation qu’il a fondé et qui vit de son esprit, les Sœurs du Saint Sacrement de Valence.

Présentation des bienheureux

Cet événement est une invitation à prendre conscience de notre vocation personnelle et communautaire.

« Nous sommes tous appelés à la Sainteté, et nous le sommes ensemble dans une Église appelée à être Sainte ». C’est le très beau chapitre 5 de la constitution du Concile sur l’Église.

La Sainteté est un don qui est dans notre cœur depuis notre baptême. C’est un germe qui est à l’œuvre. Une grâce qui peut grandir. « L’Esprit Saint nous a été donné et Il a répandu dans nos cœurs l’Amour de Dieu » (Ro.5), qu’en faisons-nous ? Le laissons-nous nous brûler ? La Sainteté est là dans nos communautés lorsque le prêtre dit chaque dimanche : « Le Seigneur soit avec vous ». « Vous êtes le Corps du Christ », pour ces villages, pour ce canton, pour ces milieux.

Alors, la Sainteté devient une volonté.

Il s’agit d’accepter de laisser transformer nos vies par l’idéal évangélique, c’est une œuvre, une tâche, une conversion toujours à reprendre. Cela donne leur sens à la construction de nos vies familiales, professionnelles, sociales.

Il y a là aussi une condition première pour que l’annonce à ce monde de la Bonne Nouvelle puisse être entendue : il faut que ceux à qui nous sommes envoyés puissent dire : « Voyez comme ils s’aiment ». Quelle conversion cela nous demande-t-il ? Combien nous devons y réfléchir entre nous ! Il nous faudrait bien être des Pierre VIGNE les uns pour les autres.

La Sainteté est un désir. Un désir profond, un amour personnel pour Jésus, désirer l’imiter, aimer le prier. C’est croire que cet amour est éternel. C’est désirer le Ciel pour pouvoir l’annoncer. Seul ce désir peut nourrir les vocations sacerdotales et religieuses dont nous avons besoin, car seul ce désir peut porter un homme, une femme à donner sa vie par amour.
C’est ce désir qui oriente nos communautés, lorsque mains ouvertes, les uns à côté des autres, nous disons : « Père, que ton Règne vienne. Viens Seigneur Jésus ».

Père VIGNE, vous qui rejoignez maintenant officiellement François Régis, Thérèse Couderc, Marie Rivier, les Martyrs d’Aubenas, mais aussi tant et tant d’âmes saintes : le Père Chiron, le Père Médaille, Gabriel Longueville, Charles de Foucauld… Aidez-nous à nous ouvrir à notre vocation, celle de la Sainteté.

Mgr François BLONDEL

Le même jour que Pierre VIGNE, sera béatifié Marie-Joseph CASSANT,un trappiste de l’Abbaye de Sainte-Marie-du-Désert qui est, au sein de la grande famille cistercienne, « une fille » de "Notre-Dame des Neiges".

Cette béatification d’un moine de "Sainte-Marie du Désert" est donc, à un titre spécial, un événement pour la Communauté des Neiges, une joie et une action de grâces que le diocèse de Viviers ne pouvait pas ne pas partager.

2 - Qui est Pierre Vigne ?

Pierre VIGNE un pur Ardéchois, né à Privas, le 20 août 1670, dans une famille de commerçants. Il est leur cinquième enfant, mais seuls trois échapperont à la mortalité infantile, si fréquente à cette époque. Il a été baptisé en l’église Saint Thomas de cette ville, le 24 août 1670.

L’enfance de Pierre Vigne semble sans histoires et pourtant, selon une tradition ancienne, l’adolescent aurait abandonné sa foi catholique. Un jour, alors qu’il se rendait à Genève, il aurait croisé un prêtre portant le Saint Sacrement et aurait refusé de le vénérer. Son cheval se serait alors cabré et l’aurait précipité à terre. Ce fut pour Pierre une expérience décisive : il se convertit aussitôt et changeant de route, il partit pour le séminaire de Viviers.

Cette aventure est peut-être en partie légendaire, mais elle rend parfaitement compte de ce qui sera au cœur de la spiritualité de Pierre Vigne : sa dévotion eucharistique. Cette tradition, transmise au fil des siècles, explique parfaitement l’itinéraire du Bienheureux : saisi par Dieu, il lui consacre toute sa vie, à travers son ministère de prêtre, son engagement missionnaire et la fondation de la Congrégation du Saint-Sacrement.

Après ses études au Séminaire de Viviers, il est ordonné prêtre le 18 septembre 1694, dans la chapelle du palais épiscopal de Bourg Saint Andéol, par Monseigneur de la Garde Chambonas, puis nommé vicaire à Saint Agrève, de 1694 à 1700.

En 1700, il entre chez les Lazaristes, l’ordre fondé par Saint Vincent de Paul, où il prêche des missions, de Lyon à Béziers, pendant cinq années. Il réintègre alors le clergé diocésain et on le retrouve aux Ollières, à Saint-Fortunat, entre autres.
En 1706, il est de retour au pays natal qui va bénéficier de son zèle apostolique. On dénombre près de 80 paroisses où il a prêché une ou plusieurs missions, de Thines à Félines et de Saint André en Vivarais à Saint Fortunat. On pense à lui pour la cure de Privas, mais il n’ira jamais.

Ardent missionnaire, il avait une dévotion particulière pour la Passion du Christ et l’Eucharistie. En 1712, la topographie de Boucieu lui inspire d’y établir un calvaire et un chemin de croix pour évangéliser par le " Voyage du Calvaire ".
Aujourd’hui encore, les Ardéchois et les Drômois viennent en nombre, le Vendredi Saint, participer au Chemin de Croix de Boucieu.

En 1713, une jeune fille de Nozières vient demander à Pierre Vigne des conseils sur une éventuelle vocation. D’autres la suivront bientôt….

C’est à Boucieu, également, qu’il regroupe les premières accompagnatrices des pèlerins, qui deviendront, en 1715, les " Sœurs du Saint Sacrement ".

Infatigable, Pierre Vigne continue ses missions dans les villages les plus écartés. Il est reconnu comme un grand prédicateur de la Miséricorde de Dieu et il passe des heures à confesser, à diriger les fidèles, à les instruire. Il n’oublie pas de favoriser l’éducation des jeunes gens et il s’efforce de soulager les misères. Sa charité est sans limite : il donne tout ce qu’il possède, il court au-devant des malades, comme en cette année 1722 où il va soigner les habitants de Rochepaule frappés par la peste.

Pierre VIGNE mourut, le 8 juillet 1740, à Rencurel, dans le Vercors, au cours d’une mission qu’il y prêchait. Selon sa volonté, son corps fut transporté à Boucieu et inhumé dans la chapelle Saint Jean Baptiste, de l’église paroissiale, le 12 juillet 1740. C’est là qu’il repose encore.

Sa cause, introduite à Rome une première fois, en 1894, par les Evêques de Valence et Viviers, fut interrompue à la suite du contexte international. Un procès complémentaire instruit en 1986, a été présenté à Rome, en 1989, par Monseigneur HERMIL.

Le 7 juillet 2003, a eu lieu, à Rome, la déclaration de " l’héroïcité des vertus " du Serviteur de Dieu, Pierre VIGNE, proclamé ainsi Vénérable.

3 - Ses missions en Ardèche

Originaire de Privas, prêtre du diocèse de Viviers, Pierre Vigne a consacré au Vivarais une large part de son ministère de « missionnaire paroissial ».

Son « Mémoire de mes affaires temporelles », où il note en plus de ses comptes, les déplacements effectués et les personnes rencontrées, nous renseigne sur les missions qu’il a prêchées jusqu’en 1732. Manquent donc les huit dernières années de sa vie.

En comptant Félines où il est présent, en 1703, avec les Lazaristes, il prêche dans 67 paroisses ou annexes du Vivarais : 12 au nord du Doux, sur les 63 qui relevaient de Vienne ; 27 entre Doux et Eyrieux, sur les 37 relevant de Valence et 28 sur les 243 de l’ancien diocèse de Viviers.
Il est le missionnaire des « pauvres gens des champs ». A part Privas, son pays natal, et Bourg-Saint-Andéol, lieu de résidence de l’Évêque, il ne visite que les campagnes.

Les cantons actuels les plus privilégiés sont : Lamastre, avec 10 paroisses visitées ; Saint-Agrève, 8 ; Saint-Péray, 7 ; Saint-Félicien et Vernoux, 5 ; Saint-Martin-de-Valamas, Satillieu, Tournon et la vallée de l’Eyrieux, 4. Pierre Vigne « missionne » aussi dans 7 paroisses entre Vals et Gourdon et dans 5 autres entre Burzet et Sainte-Eulalie. Il se rend jusqu’aux deux extrémités du Vivarais : Félines et Thines.

Ces 67 paroisses bénéficièrent, en fait, de plus de 80 missions, car certaines (Chalencon, Le Crestet, Lamastre, Monteil) en eurent plusieurs. Rochepaule en compta six ! Habituellement, elles se déroulaient d’octobre à mai, en dehors des gros travaux de la terre et duraient 3 ou 4 semaines. Si certaines étaient plus courtes, d’autres pouvaient atteindre deux mois.

Elles se terminaient par l’érection d’une croix ou même d’un calvaire. Pierre Vigne en cite dix en Ardèche, en comptant celui de Burzet qu’il a restauré : Boucieu, Cornas, Rochepaule, Saint-Agrève, Saint-Barthélémy-le-Plain, Saint-Julien-Boutières, Saint-Martin-de-Valamas, Soyons, Vaudevant.

Une chose peut surprendre, c’est la répartition géographique de ces missions. Alors que la région des Boutières est bien représentée, de nombreux cantons n’ont pas bénéficié du ministère de Pierre Vigne.

La distance, à elle seule, ne peut apporter une explication. Bien que se déplaçant à pied ou à cheval, il répondait à des invitations provenant de loin. Il se rendit dans treize de nos départements actuels.

Pierre Vigne faisait partie du groupe de missionnaires du diocèse de Viviers, affecté aux missions paroissiales instituées pour remédier à l’ignorance religieuse et intégrer les « nouveaux convertis ».

D’autres missionnaires, prêtres diocésains ainsi que capucins, dominicains, jésuites, oratoriens, sulpiciens, étaient attelés à la même tâche et se répartissaient les paroisses. Pierre Vigne, résidant à Boucieu, avait peut-être reçu prioritairement mission pour les Boutières toutes proches ?

Il est aussi permis de penser qu’ayant été témoin, dans sa jeunesse à Privas, des ravages provoqués par les dragonnades et la Révocation de l’Édit de Nantes, puis de leurs séquelles au début de son ministère comme vicaire à Saint-Agrève, il ait voulu se consacrer à panser les plaies des « guerres de religion », particulièrement dans ces régions les plus éprouvées.

Vous pouvez télécharger la liste des paroisses où Pierre Vigne a prêché.

Liste Paroisses P.Vigne

4 - Le grand chemin de croix ou « le grand voyage »

« Le grand voyage » à Boucieu le Roi, c’est plus qu’un chemin de croix. Il veut remplacer les pèlerinages à Jérusalem qui sont trop onéreux et difficiles à l’époque. Pierre VIGNE a découvert ce site de Boucieu le Roi et y a trouvé des similitudes avec Jérusalem. Il a voulu en faire une catéchèse pour les gens de la région.

Avec eux, il a construit en 9 mois 39 petites chapelles, tout au tour de l’église mais aussi à travers la montagne. Chaque construction est un petit sanctuaire, bâti en pierre, recouvert d’une centaine de tuiles, et fermé par une porte grillagée. A l’origine, à l’intérieur, des peintures retraçaient l’histoire du Christ et du début de l’Eglise, depuis le dernier repas de Jésus avec ses amis, jusqu’à la Pentecôte. Aujourd’hui ce sont des sculptures qui ont remplacé les peintures.

C’est un parcours d’initiation chrétienne, de contemplation, de lien avec la nature, de conversion et de marche avec Jésus et sa mère.

En 1713, une certaine Marguerite de Nozières offre ses services au père Vigne pour accompagner les pèlerins sur ce parcours et l’expliquer. C’est ainsi que naîtra la communauté du Saint Sacrement.

Voir aussi : Le Grand Voyage

De Boucieu à Burzet

Pierre VIGNE ne s’est pas contenté de réaliser le grand chemin de croix de Boucieu le Roi. De mars à juin 1715, il prêche une mission à Burzet et il en profite pour restaurer le chemin de croix qui existait déjà et qui comporte 32 stations. Des liens se sont crées entre Pierre Vigne et Burzet ; en effet des écrits témoignent de collectes et de dons qu’il a fait à l’église de Burzet.

5 - La Congrégation des Sœurs du Saint Sacrement

Le 30 novembre 1715, Pierre Vigne remet la croix et l’habit religieux à sept jeunes femmes rassemblées pour accompagner les pèlerins au long du « Voyage du Calvaire ». Elles ont décidé, depuis plusieurs mois, de mener ensemble une vie de prière et de charité. D’autres les rejoignent bientôt. Elles s’occupent aussi d’instruire les enfants du village.

Les premières « Sœurs du Saint Sacrement » prononcent leurs vœux le 8 septembre 1722. Dès lors la Congrégation se développe jusqu’à déborder largement le Vivarais vers la Provence et le Dauphiné.

La Révolution française (1789) disperse les sœurs, mais elles poursuivent clandestinement leurs œuvres de charité. C’est à Romans, à partir de 1804, que la Congrégation peut se réorganiser après la tourmente. Les lois anti-cléricales de 1901 en France, obligent les soeurs à se retirer de 56 écoles et hôpitaux. Cinq ans plus tard, il faut quitter Romans. La Maison Mère est transférée à Valence, où elle est restée depuis.

Actuellement, les 44 communautés de la Congrégation sont implantées en Europe (France, Italie, Angleterre, Irlande, Espagne), en Amérique Latine (Brésil), et depuis 2004 en Afrique (Tanzanie).

Pour en savoir plus : Congrégation du Saint Sacrement

Site internet : www.saintsacrement.org

6 - Liste des saints et bienheureux ardéchois

Saintes et saints du Vivarais

Sainte Thérèse COUDERC (Sablières 1805 - Lyon 1885) - Vierge - Mémoire le 26 septembre

Saint ANDEOL (+ 208) - Martyr - Mémoire le 4 mai

Saint ARCONCE - Evêque (+ 745) et martyr - Mémoire le 8 janvier

Saint AULE - Evêque (Vers 610-650) - 30 avril

Saint BENEZET (Burzet + 1134) - 14 avril

Saint FIRMIN - Evêque (+ 553) - 11 octobre

Saint Jean-François REGIS (Fontcouverte 1597 - Lalouvesc 1640) - Prêtre - Fête le 16 juin

Saint MONTAN - Ermite - 20 novembre

Saint OSTIAN - Prêtre - Mémoire et fête (Viviers) le 30 juin

Saint VENANCE - Evêque (517-544) - Mémoire le 12 août

Bienheureux du Vivarais

Anne-Marie RIVIER (Montpezat 1768 - Bourg Saint Andéol 1838) - Vierge - Mémoire le 3 février

Jean-Antoine de BOUCHARENC (Pradelles) et Jean-Joseph de LAVEZE-BELAY (Gluiras) - Prêtres et martyrs des Carmes (1792) - Mémoire le 2 septembre

Jacques SALES (Prêtre) et Guillaume SAUTEMOUCHE (Religieux) - Martyrs d’Aubenas (+ 1593) - Mémoire le 7 février

Pierre VIGNE (Privas 1670 - Rencurel 1740) - Prêtre

En cours de béatification

Joseph CHIRON (Bourg Saint Andéol - 1852) - Prêtre

Louis DOUMAIN (Canada 1920 - Zöschen ;Saxe 1944) - Prêtre déporté

Charles de FOUCAULD (Strasbourg 1858 - Tamanrasset 1916) - Prêtre

Dossier réalisé par Gilles FOUBERT à partir d’articles du Père Jean RIBON, publiés dans « Eglise de Viviers ».