Retour sur le 40ème anniversaire de la mort de Gabriel et Carlos Juillet 2016

Quelques événements et signes révélateurs dans ce voyage-pèlerinage :

- l’accompagnement très fraternel durant notre séjour par l’évêque de La Rioja, Mgr Marcelo Colombo, qui nous a consacré beaucoup de temps : un entretien pour nous parler de l’Eglise d’Argentine et de l’Eglise de La Rioja, des repas très conviviaux où il témoignait de sa grande simplicité, de sa proximité avec les petites gens et aussi des difficultés dans son ministère …

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- la prière sur les lieux du martyre de Mgr Enrique Angelelli à Punto de Llos Lanos, à quelques kilomètres de Chamical. Un sanctuaire construit sur les lieux rappelle la force du témoignage de sa vie qui fut tout entière un martyre -l’assassinat clairement établi par l’Etat est enfin reconnu maintenant par l’Eglise- . Me revenait en mémoire ce poème de Mgr. Pedro Casaldaliga, évêque de Sao Felix au Brésil, écrit en hommage pour le 5ème anniversaire de sa mort : En attendant, Enrique, pasteur des terres de l’intérieur, témoin intercepté, il faut marcher sur la route d’Emmaüs, avec le peuple qui s’avance, au cœur de la nuit, obstiné, à la poursuite de l’aube nouvelle, le vin du Sang chantant à nos lèvres, le Pain de la promesse nourrissant nos vies …Il faut continuer tout simplement, Enrique, par le sillon de tant de sang.

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- la visite de l’ESMA à Buenos Aires, ex-école de la Marine, centre de torture pendant la dictature, devenu le musée de la Mémoire et des Droits de l’homme. On en sort complètement « sonnés ». C’est aussi dur que la visite d’un camp de concentration tant on y découvre la cruauté des méthodes d’épuration (les fameux vols de la mort, les bébés volés de la dictature) et la perversité des manipulations. C’est là que les deux sœurs du Jura Alice Domon et Léonie Duquet ont « disparu ».

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- l’enracinement d’une mémoire officielle : le soir du dimanche 17 Juillet dans la grande salle de Chamical, la municipalité, le maire et la sénatrice nous reçoivent et nous offrent repas et hébergement : visiblement, on veut enraciner une mémoire officielle, au-delà du cercle des chrétiens.

- la visite de la paroisse Santa Cruz, lieu de rendez-vous des responsables de la communauté où se réunissent quelques figures essentielles de la résistance à la dictature, à travers les visages des Mères de la place de Mai, au sein desquelles les sœurs Alice Domon et Léonie Duquet étaient très actives.

- le rendez-vous à l’ambassade de France à Buenos Aires où nous sommes accueillis avec grande cordialité par le premier secrétaire et par l’ambassadeur lui-même, Monsieur Jean Michel Casa, qui nous invite … à la prière et … à boire le champagne. Nous nous recueillons devant la stèle évoquant la vingtaine de disparus français pendant la dictature.

Et au-delà de ces signes, quelques repères :

- la volonté d’une Eglise de s’engager dans les réalités humaines par l’action de son pasteur, Mgr Marcelo Colombo ; même s’il reconnaît des difficultés à voir ses prêtres se refermer sur les dévotions, il se tient proche et solidaire des pauvres, comme Mgr Angelelli, avec sa devise épiscopale : « une oreille collée à l’ Evangile et l’autre à la vie du peuple ».

- Que leurs cris deviennent les nôtres : c’est la phrase prophétique inscrite en exergue sur le dépliant du 40ème anniversaire. Pour avoir dénoncé les très graves situations d’injustice, les martyrs ont été les victimes du terrorisme d’Etat, qui se couvrait de l’imposture d’une défense de la civilisation chrétienne et occidentale : de grands propriétaires terriens avec des exploitations de plus de 60000 hectares maintenaient dans l’oppression de petits paysans. Dans cette région pauvre de La Rioja, ces grands propriétaires terriens spoliaient les pauvres en les obligeant par des intimidations à vendre leurs petites terres.

Nous savons combien des liens ont déjà été noués au cours des différents voyages de Mgr Hermil, de Mgr Blondel, de la famille de Gabriel et de prêtres et laïcs de l’Ardèche. Et nous sentons à la suite de ce quarantième anniversaire, combien l’évêque actuel, Mgr Marcelo Colombo et d’autres chrétiens de La Rioja souhaitent les renforcer. Ce n’est pas seulement vouloir faire vivre une mémoire, mais c’est aussi favoriser la fécondité d’un engagement évangélique pour notre vie d’aujourd’hui : Si le grain de blé ne meurt …

Gérard Tracol