Homélie de Mgr François BLONDEL pour le 11 novembre Privas, le 11 novembre 2014

Je vous remercie d’avoir répondu à mon invitation de participer à cette Eucharistie du 11 novembre. J’y avais indiqué trois intentions :

  • le souvenir de tous les Ardéchois morts pendant la guerre de 14/18 ;
  • la concorde dans notre société ;
  • la paix entre les peuples.

Vous vous reconnaissez certainement dans ces trois vœux, vous les portez en vous et, pour l’Eglise, ils s’expriment bien dans la prière.

Le souvenir de tous les Ardéchois morts pendant la guerre, les blessés, les familles.

Le devoir de mémoire doit se faire très concret. Il est juste que le nom de chacun soit gravé sur les monuments aux morts ; il est juste que dans chaque village les enfants des écoles sachent les égrainer… 24 ans… 30 ans… Parfois le même nom 2 ou 3 fois, la même famille. Dans nos départements ruraux, pendant ces 4 ans, Claude MICHELET dit que : « Les sillons sont rouges ». Mais dans cette tuerie collective, nous nous rappelons que chacun était une personne, un destin, une promesse, une silhouette, un projet. Ce sont eux que nous évoquons. Et pour un chrétien, ils restent des vivants, le prix de chaque personne, de toute vie, est infini, il est riche de l’appel de Dieu, il est ouvert à la vie éternelle. Chez nous presque tous étaient baptisés. Et dans la prière nous les confions tous au Seigneur, à son pardon, à sa résurrection.

Le devoir de mémoire est aussi admiration et reconnaissance. Ils ont été dépassés, écrasés par la grande machinerie de la haine collective qui peut entraîner l’humanité et les sociétés. Mais nous savons, nous pensons, que leur courage, leur liberté, leur mobilisation, leur engagement ont été nécessaires, ont une valeur, un prix, un sens. Ils ont permis l’avenir. Quelque chose de la grandeur de l’homme se manifeste, se révèle dans cette offrande. Les mots de sacrifice pour une cause sont justes et nous permettent de nous incliner.

Derrière « ceux qui pleurent », derrière « les artisans de paix », derrière « ceux qui ont faim et soif de justice », les chrétiens entrevoient la lumière et l’espérance.

J’ai toujours gardé mémoire de la poésie qu’on nous apprenait à l’école primaire :

« Tous ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie… »

Paroles simples, peut-être naïves qui se joignaient à l’évocation du « dormeur du val » mais qui rejoignent quelque chose de profondément vrai et humain en nous.

J’évoquais dans mon invitation « la concorde dans notre société ».

Dans la tourmente de la grande guerre, les français se sont unis, réunis, nous le savons. Ce fut le creuset d’une certaine réconciliation ou du moins d’une estime mutuelle entre ce qu’on appelait parfois les deux Frances : l’Eglise et l’Etat. Mais ce serait grave et navrant de penser que la concorde sociale ne se fait que contre un ennemi. A moins qu’il s’appelle l’injustice, le pouvoir de la violence, l’accaparement de la richesse, l’oubli de l’innocent, la fermeture sur les privilèges.

Si nous portons dans notre réflexion et dans notre prière le besoin de concorde sociale chez nous, c’est que nous voyons comment un éclatement de la société serait encore aujourd’hui un risque fort. Il ne faut pas que la crise nous sépare, nous replie, nous fasse oublier ce qui nous réunit, notre destin d’être ensemble et de construire une société. « Nous avons reçu un héritage », dit Paul RICOEUR, « sachons en garder mémoire, mais notre problème c’est de rédiger un testament ».

C’est le défi de notre société, pensons-y.

La troisième intention, c’est « la paix dans le monde ».

Pour garder conscience de l’horreur de la guerre, de sa brutalité, de la capacité qui se révèle d’inhumanité de l’homme, bien sur nous évoquons 14/18 et nous regardons les photos jaunies des villes dévastées, l’horreur des tranchées et des gueules cassées … Mais il nous suffit malheureusement, d’ouvrir nos télévisions, nos journaux, nos cœurs et nos intelligences.

Nous devons rester stupéfaits et inquiets, comment en est-on encore là, comment cela recommence-t-il ? Oui, quelles que soient nos convictions, nous ajoutons même dans un soupir : « Mon Dieu, ce n’est pas possible ! ». Il nous faut toujours vérifier nos engagements politiques, associatifs, le type de culture que nous créons. Nous avons un devoir de « non indifférence ». Nous gardons un devoir d’ouverture, de partage avec les autres pays, avec les différentes cultures, nous avons un devoir d’accueil.

Il faut écouter les paroles du Pape Paul VI à la tribune de l’ONU : « Plus jamais la guerre », et il faut le répéter parce qu’on y arrive mal. Les chrétiens appellent cela le besoin du Salut.

Un des biens que la foi chrétienne peut offrir à notre société, c’est celui de l’espérance, c’est toujours une promesse, c’est toujours une prophétie, et elle permet de vivre.


F.B.