Quelques nouvelles de frère feu qui nous a pris ! à l’abbaye Notre Dame des Neiges

« Seigneur ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils : mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. »

Mardi 7 décembre. Alors que nous méditions encore, à la veille de la fête de l’Immaculée Conception, l’oraison propre à la deuxième semaine de l’Avent, nous fûmes acculés à la mettre promptement en pratique !

Que s’est-il vraiment passé ? Car les dépêches de l’AFP, relayées par la toile et la presse locale… ont un peu déformé l’affaire, allant jusqu’à dire que « les 30 moines bénédictins (sic) avaient pu regagner leur dortoir sans encombre », qu’ils « avaient continuer leur prières pendant que les pompiers travaillaient » et que « les sœurs, en état de choc, avaient été évacuées pour coucher avec les moines à l’hôtellerie ! ». (re-sic) !

Beaucoup ont cru que le monastère avait flambé !
Heureusement il n’en n’est rien, même si les dégâts sont nombreux est financièrement importants.

En fait, un ouvrier de l’entreprise de couverture / charpente travaillait, à notre demande, à la réfection de joints sur les chenaux extérieurs du bâtiment dit « des caves ».
Il travaillait depuis plusieurs jours, avec sa nacelle. A ce jour, d’ailleurs, il continue.
Ce bâtiment se trouve à 150 mètres du monastère proprement dit et nous sert pour différents stockages et rangements, depuis son abandon à des fins vinicoles en 2006. Il est vaste et ne comporte pas moins de 297 m de chenaux que nous commencions à entretenir.
Le matin du mardi 7 décembre l’ouvrier a exécuté ses tâches avec la prudence habituelle, du coté du logement de nos deux petites sœurs de Nazareth. Il a continué l’après midi à d’autres endroits, quittant son chantier vers 16h 30.
La journée était pleine d’un gros et épais brouillard. Il n’aura pas vu (et nous non plus !), une fumée anormale se dégager du toit où le feu a couvé depuis le matin, sous la neige qui recouvrait les tuiles. Et ce d’autant plus qu’on brûlait juste à coté des vieilleries, sorties il y a peu de certains autres bâtiments voués à destruction au printemps prochain.
C’est donc dans la matinée que cet ouvrier est intervenu au lieu ou le foyer s’est déclenché. En fait son chalumeau a dû chauffer des parties de polystyrène qui se sont alors lentement consumés par dessous la toiture. Là, la neige fondant, le feu s’est lentement propagé aux planches qui soutiennes les tuiles.
En tombant des morceaux de bois enflammés ont enflammé à leur tour un « faux plafond de polystyrène », qui lui même fondant à mis feu aux cuves en plastiques posées au sol et vides . Deux cuves sont complètement carbonisées… et ont dû fort chauffée… puisque les six « conteneurs poubelles », qui servent l’été…, ont fondu … comme neige au soleil ! Il ne reste que les roues !
Fr. Jacques qui ne travaillait pas loin en début d’après midi a bien entendu quelques bruits de chute de matériaux… mais n’a pas été voir, sachant que fr. Yvon faisait du déménagement dans le coin, et du feu dehors… En fait, des morceaux commençaient sûrement à tomber du toit à l’intérieur du grand hall des caves.

Le feu n’a été vu, la nuit tombant, que vers 17 heures par fr. Frédéric, qui a commencé par évacuer fr. jacques !. L’alerte a ensuite été donnée depuis l’appartement des sœurs… Qui de fait, en ont conçu quelques émois !
Voir le feu sur le toit du bâtiment le plus proche de chez elles…

P. Abbé, qui soignait P. François Régis, n’a pu descendre qu’à 17h 30, pour constater que le feu gagnait gentiment tout le faîtage de la toiture. Mais une âcre fumée interdisait tout accès à l’intérieur.
On a donc « évacuer » nos deux sœurs en leur offrant le gîte et le couvert à l’hôtellerie, ou notre troisième sœur, Sœur Véronique, a été « aux petits soins pour celles « qui sont aux petits soins pour nous » !

Les pompiers sont arrivés entre 17h30 et 17h45, pour les premiers … suivis d’une vingtaines de véhicules, dont deux grandes échelles venant de Mende et d’Aubenas. Le tout dans un brouillard persistant qui ne facilitait pas la conduite sur nos routes tortueuses d’Ardèche. En fin de soirée les pompiers étaient 58, venant de Lozère (Langogne, Villefort, Mende), de Haute Loire et d’Ardèche, (Saint Etienne de Lugdarès, Lanarce, le Béage, Aubenas)
Les pompiers ont été très aimables, efficace et parfaitement obéissants à leur chefs.
C’est très beau de voir des hommes (et une pompière !), parfaitement organisés et coordonnés pour venir au secours des autres. Car la plupart sont des volontaires et ont quittés leur foyers pour venir à notre secours…
Le QG avec le Commandant de Privas, fut installé devant notre groupe electrogène, mais avec leur propre groupe… et leurs lumières… Il ne leur manquaient que la connection internet… On déroula un fil jusqu’à l’hôtellerie ! Oui, tous les plans sont sur internet… Mais la wifi ne passe pas sur tout le site, à notre altitude. On est branché…mais tout de même !

Pendant ce temps la communauté (sauf P. Abbé et fr. Frédéric), chantait les premières Vêpres de l’Immaculée Conception, « Notre Dame des Neiges », qui a déjà promis qu’elle n’abandonnerait jamais notre communauté.
« Aucune peur, aucun refus, ne vient troubler l’œuvre de grâce, son cœur est rempli d’ineffable attente, elle offre à Dieu le silence où la Parole habite »
dans le cantique d’Isaïe, ces mots raisonnaient dans la nuit :
« On ne te dira plus délaissée ! A ton pays, nul ne dira désolation ».
En fait, les frères ne se doutaient pas de ce qui se passaient dehors, sous la bruine et dans le brouillard persistant ;
Ils furent surpris de voir arriver le P. Abbé en bottes (drôle de pontificaux !) qui venait chercher fr. Jacques afin qu’il coupe le groupe électrogène qui s’était mis en route lorsque EDF avait tout coupé pour éviter des risques… Preuve que nos installations fonctionnent bien !
Fr. jacques, en maître électricien, très à son affaire a été aussi obéissant qu’un pompier. Il a coupé le jus des caves, sans coupé la lumière à l’Eglise !

Il faut dire que les moyens déployés ont été importants car, celui qui a reçu l’alerte a bien entendu « qu’il y avait un feu aux caves de Notre Dame des Neiges »… Et les autorités ont pensé qu’il s’agissait du monastère. Ce qui peut être ainsi entendu…
A 21 heures, le Sous-Préfet de Largentière, envoyé par Monsieur le Préfet était là, avec quelques journalistes… Ils rejoignaient le Premier adjoint de la Mairie député par M. le Maire… Puis est arrivé le Conseiller Général et le Colonel de la Gendarmerie.
Une cantine de campagne pour 100 personnes est aussi arrivée…
Bref, il ne manquait que la fameuse « cellule psychologique » pour soutenir le moral du P. Abbé !

A 22 heures le feu était parfaitement maîtrisé et les deux bâtiments voisins, comportant des habitations, aussi bien préservés que surveillés et protégés.
Les pompiers sont restés sur place jusqu’à deux heures du matin pour voir si de nouveaux foyers ne se déclaraient pas…

La gendarmerie nationale a dressé sa propre expertise le lendemain.
L’entrepreneur et son ouvrier ont reconnu tout de suite leur responsabilité, fort limité du reste puisque ils ne pouvaient pas imaginer cela… et avaient pris toutes les précautions voulues. C’est donc un incident du travail, heureusement sans dommages humains.

A première vue, les dégâts sont les suivants :
- Quelques 500m2 de toiture (charpente métallique) sont à refaire. La toiture avait fait l’objet d’une restauration l’an passé. Elle était donc quasi neuve.
- 21 palettes de Bib de vin, réserve de notre vente détail, ont été abîmées et sont donc invendables. Les pompiers les ont sorties dès qu’il n’y avait plus de danger.
- 6 poubelles sur roues ont fondues
- 2 grandes cuves, actuellement inutilisées… sont définitivement perdues
- 4 palettes de tuiles neuves, en vue d’éventuelles réparations ont été carbonisées.
- 5 cuves mobiles (d’environ 500 litres) ont été fondues ou abîmées.
- Les fenêtres et l’ensemble du réseau électrique sont à refaire.
- Un chargeur électrique du « lève palette » semble avoir été noyé par les lances à incendie.

Les dégâts d’eau n’ont pas été trop importants puisque les écoulements sont bien organisés dans des caves à vin !

Que dire, maintenant… Si ce n’est que la Providence nous fait peut-être un clin d’œil… en nous suggérant de ne pas restaurer ce bâtiment mais plutôt de lui faire subir le sort que nous avions prévu de faire subir dans quelques mois aux bâtiments voisins… On va voir ensemble, et avec les assurances quelle solution envisager.

Nous avons reçu d’innombrables marques de soutien, offre de service (y compris 5 experts en assurance privée, dès le 8 au matin !!! ceux là auraient pu éviter le déplacement un 8 décembre !) et autres affections.
Cela fait « chaud » au cœur, si l’on peut ainsi s’exprimer dans de telles conditions.
On a moins apprécié les curieux venant roder, et les journalistes !
Merci donc du soutien spirituel et de la communion. Nous attendons que l’hiver passe désormais pour voir ce qu’il adviendra de la suite de ces murs construits en 1968… sur les ruines du monastère qui avait brûlé, au même endroit donc, en…1912 !

Adieu, que Noël vous trouve en paix profonde, comme nous le sommes tous, sur la montagne des Neiges.
Antienne chantée le 8 au matin : « Sous l’aube de feu la Source étincelle ! Marie s’émerveille à l’heure de Dieu. Il comble ses vœux, il tient sa promesse, que tout lui advienne, au gré de son Dieu ».P. Hugues et la communauté