Homélie de Mgr Blondel lors des funérailles du P. Jean Ribon

Obsèques du Père Jean RIBON Homélie du Père BLONDEL, Cathédrale de Viviers Samedi 21 août 2010

Evangile selon St Jean, chapitre 1, Verset 35 à 51.

Mercredi matin, spontanément lorsque j’ai appris la mort du Père RIBON, je suis allé vers ce passage de l’Evangile. Pour moi, Jean RIBON y avait sa place. Dans ce texte, il y a Jean le Baptiste, celui qui désigne Jésus comme l’agneau de Dieu, l’envoyé de Dieu. Et puis à côté d’André qui se met en route, avec lui, il y a un deuxième disciple dont on ne dit pas le nom, mais de l’avis de beaucoup il s’agit aussi d’un Jean, Jean l’évangéliste, « le disciple que Jésus aimait » et qui sera au pied de la Croix. Oui, Jean RIBON a sa place dans ce moment d’Evangile, lui qui a reçu au baptême le nom de Jean.
Jean RIBON vous êtes un disciple que Jésus aimait, c’est votre identité et je crois que c’était votre fierté.

Surtout il m’a paru bon et juste de situer Jean RIBON dans la lumière de cet Evangile de vocation… « Deux disciple écoutent l’annonce… Ils suivent Jésus… Que cherchez-vous ? Où demeures-tu ? Venez et vous verrez… Nous avons trouvé le Messie ! ». Et puis il y a cet échange de regards, au départ « eux fixent les yeux sur Jésus qui passait », et puis voilà que « Jésus fixe son regard sur eux ». En ces mots, l’Evangile est vivant, plein de lumière et de simplicité, il est vivant pour aujourd’hui.

Rappelons-nous que le secret de la vie de Jean RIBON est là. Ne l’oublions pas. Un secret d’enfance depuis la « maîtrise » de la Cathédrale de Viviers. Un secret d’amour, de don, d’appel et de silence. Le Christ est ressuscité. Il est Vivant. Il est présent. Il parle au présent de l’indicatif. Et Jean RIBON a répondu à cet appel : « Me voici ! ». Il a été ordonné prêtre dans cette Cathédrale qu’il aimait tant et dont il connaissait tout. Il s’est donné tout entier, il nous a été donné. Merci à lui. Merci Seigneur pour la foi et pour le sacerdoce.

Je tenais à rappeler ce secret et cette source, parce que bien sûr notre premier mouvement est peut-être d’évoquer Jean RIBON avec la figure évangélique certes du serviteur « qui mesure sa part de blé à chacun ». Ce serviteur « prêt à toute heure pour faire face à un besoin matériel ». « Le Maître, le Seigneur lui a confié la maison », il l’entretien, il la répare, il gère la vigne, il veille sur le personnel. Oui, c’est vrai, il faut saluer le service concret, quotidien, fidèle, précis de l’économe diocésain qui a tant fait, qui a mis en place la péréquation, les différents conseils, les budgets, l’informatisation de l’évêché, qui a rénové Ste Marthe et installé le nouvel évêché.
Il y a là un merci infini du diocèse. Il y a là une compétence reconnue au plan de la région apostolique et de l’Eglise de France.

Mais, nous le savons tous, l’appel de Mgr HERMIL à prendre cette responsabilité a été pour le Père RIBON un arrachement à un ministère paroissial qu’il aimait énormément. Il a fallu quitter St François d’Annonay. Il a fallu quitter cette réflexion partagée avec les prêtres sur le quotidien de l’apostolat et de la mission qu’il menait comme vicaire épiscopal.

Et, sous le ministère d’organisation auquel il s’est livré totalement, sans réserve, jusqu’au bout, dans le silence des tâches austères et ingrates, en acceptant la distance ainsi créée et une certaine solitude, parfois même avec un excès de discrétion que nous regrettions, dans tout cela son cœur, sa foi, son dynamisme étaient les mêmes : suivre et chercher son Seigneur. Et le désir qu’Il soit connu, qu’Il soit servi et annoncé, le brûlait toujours. Dans sa fonction d’économe diocésain, Jean RIBON était prêtre.
On m’a raconté qu’un prêtre, je ne sais plus où ni quand, avait demandé que l’on mette sur sa tombe l’inscription suivante : « Seigneur j’ai aimé ton Eglise, prends pitié de moi ». Le motif pour lui d’invoquer la miséricorde de Dieu sur ses faiblesses, c’était son dévouement qu’il avait voulu total à l’Eglise. Sa fidélité à Dieu se concentrait sur le ministère qu’il avait reçu.

J’aime évoquer Jean RIBON avec les mêmes termes.

Il a aimé profondément l’Eglise de Viviers.

Il en connaissait l’histoire, mieux que quiconque. Celle des hommes, celle des monuments, celle des événements, depuis Alba, jusqu’à Mgr BONNET, jusqu’à nous. Histoire de l’Eglise intimement liée à ce pays d’Ardèche qu’il connaissait et qu’il aimait aussi. Il parlait de cette histoire commune avec la simplicité d’un familier et avec une intelligence lumineuse, une connaissance venant de l’étude sérieuse, approfondie, reconnue. Il y était chez lui, il nous y introduisait comme dans une maison de famille. Soigner les archives était une histoire de cœur. Il a rendu ainsi un inestimable service et un témoignage fort du lien Eglise-Société. Je pense à la « Revue du Vivarais », à « L’Académie de l’Ardèche », mais aussi à bien d’autres rencontres, travaux, communications, clairs, justes et solides.

Il a aimé et servi l’Eglise diocésaine. Comment ne pas évoquer le lien profond, amical, respectueux avec Mgr HERMIL, une confiance mutuelle, un appui jamais démenti, un ministère commun pour le bien du diocèse. Mgr BONFILS et moi-même avons bénéficié de la même disponibilité, de la même loyauté. Sens de l’Evêque, sens du presbyterium : il avait le souci de chaque prêtre, de leur santé, de leur condition de vie, de leur retraite.

Homme de traditions et de racines, il aimait l’Eglise d’aujourd’hui, il situait notre diocèse dans les débats et la vie de l’Eglise de France, de l’Eglise Universelle. Il a reçu le Concile, l’ouverture au monde, sans repli. Il a vécu l’adaptation du diocèse au contexte actuel de la société, les projets diocésains, la réforme des paroisses. C’est lui qui a mis au point les ordonnances qui en ont fixé les modalités. Il en comprenait l’axe et l’opportunité.

Oui, le diocèse était pour lui un Corps, une entité vivante. Il s’y identifiait d’une certaine manière. Il portait le beau titre de Prêtre Diocésain. C’est important de garder cette intuition de la foi : Dieu est lié à un peuple situé, un peuple dans lequel laïcs, religieux, prêtres ont leurs responsabilités et leurs liens mutuels, un peuple fait de paroisses, de pèlerinages, d’oeuvres, de mouvements. Il faut nommer ici Béthanie où il a été actif et présent. Un peuple de tous les âges et de tous les milieux, porteur du message de l’Evangile, rassemblé pour l’Eucharistie essentielle que préside le prêtre. Cet amour du diocèse, ce souhait de sa vitalité et de sa continuité, je l’ai ressenti particulièrement lorsqu’avec Jean nous parlions de la question difficile des vocations, l’avenir de son Eglise s’y joue, il le savait et il était dans l’espérance.

Seigneur Jésus, le Père RIBON a infiniment aimé ton Eglise de Viviers. Alors pour cela, pour cette raison, c’est sans réserve que nous le confions à ta miséricorde. Comme nous tous il en a besoin, il a besoin de ton pardon.

Mais nous le faisons sans crainte et nous écoutons à nouveau les dernières paroles de l’Evangile lu tout à l’heure : « En vérité, dit Jésus, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au dessus du Fils de l’homme ».

En vérité, Jean, vous verrez le ciel ouvert et la vie de Dieu. C’est notre foi, c’est votre foi. Jean, entrez dans la vision de Dieu, votre Seigneur et votre ami.

Mgr François Blondel, les prêtres, les diacres du diocèse et les collaborateurs de l’évêché, vous font part du décès, le 18 août 2010, à l’âge de 82 ans, du
Père Jean RIBON
Chancelier de l’Evêché
Econome diocésain de 1983 à 2003

Parcours du Père Jean Ribon

Né le 6 février 1928 à Villeneuve de Berg
Etudes au Grand Séminaire de Viviers puis au Séminaire Universitaire de Lyon
Ordonné prêtre le 28 juin 1952
Vicaire à Aubenas, 4 juillet 1952
Curé d’Asperjoc et vicaire économe de Juvinas, 3 octobre 1958
Aumônier du Collège de l’Immaculée Conception à Aubenas, 13 septembre 1963
Pastorale scolaire de l’Inter collège d’Aubenas, 15 septembre 1967
Nommé à l’équipe des prêtres d’Annonay, chargé de Bernaudin, octobre 1969
Curé de la Paroisse St François à Annonay, d’octobre 1971 à 1983
Vicaire épiscopal de 1977 à 1983
Responsable de la Commission Diocésaine d’Art Sacré de 1979 à 1993
Econome diocésain de 1983 à 2003
Chancelier de l’Evêché depuis 1983
Décédé à la Résidence St Joseph à Aubenas le 18 août 2010.