Jardins de Pâques Thème de la rumeur

LA RUMEUR DE PÂQUES

Dans son livre L’ homme qui venait de Dieu, le Père Joseph MOINGT explique que tout a commencé par une rumeur  ! Une rumeur propagée d’abord par les femmes amies de Jésus qui se sont précipitées au tombeau pour ensevelir correctement le corps du Maître.
Le tombeau est vide  ! Et cette étonnante « Bonne nouvelle » s’est mise à circuler rapidement dans la ville de Jérusalem : l’un des suppliciés de la veille de Pâques était toujours vivant.

Mais une rumeur qu’est-ce ? ce n’est pas grand-chose, un qu’en dira-t-on, une supposition, un potin, un racontar, un commérage, un cancan, un clabaudage, une médisance, ou un bavardage … « on m’a dit, savez-vous, comment vous n’êtes pas au courant » ? juste un ragot de commère peut-être …D’après le Grand Larousse de 1994, une rumeur est « une nouvelle qui se diffuse de façon anonyme et pourvue d’une véracité contestable ». La rumeur « se répand » hors des voies officielles mais se transmet d’ individu à individu par le bouche à oreille. C’est « un bruit qui court » … (foule) Ce sont les femmes qui font courir la rumeur, car elles n’ont pas accès aux lieux officiels de parole, et se transmettent les nouvelles dans leurs lieux de paroles qui sont leurs lieux de rencontre : puits, marché, boutiques…
Une rumeur naît toujours d’un événement, le tombeau vide, qui suscite des réactions de peur et se répand de façon officieuse, les femmes ont dit ; elle contient une nouvelle insolite, Jésus vivant, qui circule de proche en proche, des apôtres aux disciples puis aux amis et septiques, que l’on peut propager sans trop s’engager, c’est « on » et dont le contenu agit toujours comme une révélation de ce qui n’était jusque là publiquement dicible, montrable ou avouable une résurrection ! Car la rumeur puise sa vraisemblance dans la réalité immédiate et sa puissance dans le fonds imaginaire commun Esséniens, grecs. Elle demande un ton de confidence le procès arrangé de Jésus fait peur et un vocabulaire de révélation ; dire la rumeur c’est « passer le secret » participer au dévoilement ! ceci fait écho à l’apocalypse qui clôt notre bible !
Et la rumeur cesse soit avec le démenti qui est, en fait, la confirmation de la rumeur, soit ici avec l’officialisation de l’information contenue : c’est Pierre proclamant le kérigme au lendemain de Pentecôte ! Confirmer la résurrection détermine du coup les groupes : ceux qui y adhère d’un coté et ceux qui la rejette de l’autre. Elle crée les contours de l’altérité. D’après M. Ph Aldrin sociologue de la rumeur ce sont là les caractéristiques de la rumeur

Et pour affirmer une aussi incroyable information : Jésus, le prophète de Nazareth, n’avait pas survécu au supplice par résistance physique , mais s’est relevé de la mort.
Au début, ce message, que l’on a appelé le kérigme, c’est-à-dire la « prédication », tenait en quelques mots, comme en Corinthiens 15,3-5 : « Je vous ai transmis tout d’abord ce que j’avais reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, qu’il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures, qu’il est apparu à Céphas (Pierre) puis aux douze. » Ce message est antérieur à Paul puisqu’il dit l’avoir reçu. C’est ce qu’il transmet « tout d’abord » : après quoi il ajoutera des interprétations.
Dire quelque chose d’essentiel sur le message de Pâques , propager cette bonne nouvelle au plus grand nombre, avec un langage simple, dans tous les lieux, églises, paroisses, hôpitaux, maisons diocésaines, croix des chemins .. et avec des idées renouvelées, un langage plus adapté à notre époque et aux lieux où nous vivons ça fait écho avec le travail que nous faisons à la PRTL. Je dirai presque que nous sommes des propagateurs de rumeur ! Sans sens péjoratif évidement !
Vous remarquerez que Paul cite le témoignage de Pierre mais oublie les saintes femmes ! Cependant elles sont citées dans le texte des disciples d’Emmaus.
Les ragots s’appliquent à tous les individus. Le commérage réservé aux femmes vient du latin « commater » « mère-avec », désigne la marraine ; « commérage » a d’abord désigné la cérémonie du baptême, jusqu’au XVI° siècle. En Normandie on nomme encore commère et compère les parrains et marraines. Dans le quotidien des sociétés humaines, l’interprétation des évènements passés, présents et à venir résulte du croisement que les acteurs sociaux opèrent entre divers programmes de vérité disponibles. (fictions, récits mythologiques, sciences, proverbes)

Plusieurs versions de la Résurrection

Si l’annonce de la Résurrection a rencontré tout de suite tant d’oreilles attentives, n’est-ce pas parce que qu’elle vient à la rencontre d’un grand espoir secret des hommes ? La « rumeur » de Jésus a rapidement franchi les limites de la Judée et même de la Palestine, loin des disciples premiers témoins. Ces disciples eux-mêmes vieillissent et meurent : il est temps de fixer tout cela par écrit … et ce seront nos quatre évangiles.
Jésus a annoncé plusieurs fois, sous diverses formes sa mort et sa Résurrection. Ex. en Mt, 16,21-23 ; 17,22-23 ; 20,17-19 pour la mort.
Il faut aussi remarquer qu’il est impossible de faire concorder exactement les récits des quatre évangiles. Chronologie, localisation, circonstances, acteurs, rien ne peut coïncider. Ce fait nous renseigne sur la nature, le « genre littéraire » de ces écrits : il ne s’agit pas pour les évangélistes de reconstituer des événements précis, de faire de l’histoire au sens moderne du mot, mais de nous faire entrer dans un mystère. Quand il s’agit de dire l’indicible, l’écriture utilise un langage de révélation plus que de relation, de récit.
Chaque évangéliste a trouvé les mots pour nous faire partager son expérience de la Résurrection. A nous maintenant de chercher un LANGAGE pour dire et redire l’inouï de Pâques.

Chacun des évangélistes a son point de vue propre en ce qui concerne la Résurrection. Tous cependant nous parlent du tombeau vide et des apparitions.

Le vide du tombeau parle

C’est le vide du tombeau qui provoque la première surprise et même l’affolement. On sait combien il est affectivement important, et quasi nécessaire pour la conduite du deuil, de retrouver et de pouvoir localiser un cadavre ; d’où les recherches en cas de disparition et le désespoir de Marie-Madeleine en Jean 20 ;11-18. Le même évangéliste nous montre Pierre et Jean courant au tombeau pour vérifier l’absence du corps. Quand « le disciple que Jésus aimait » entra dans le tombeau, « il vit et il crut », dit le texte. Qu’a vu le disciple ? Rien sinon les bandelettes funéraires, Il voit qu’il n’y à rien à voir. Mais en fait les bandelettes sont roulées à part, ce qui signifie quelque chose..

Le lieu de la mort est vide car elle n’a pu retenir captif l’ami de Dieu. « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant » (Lc 24,5). Le disciple ne croyait-il pas en Jésus avant la vue de ce vide ? Certainement, mais pas de la même façon : il croyait à la parole de celui qu’il considérait comme son maître, mais de là à le croire capable de surmonter la mort. En effet il n’appartient qu’a Dieu de la maîtriser ; alors Jésus est donc présence de Dieu ? La foi plénière est le fruit de la Pâque. Elle voit Dieu comme Dieu-avec-nous jusque dans notre mort pour nous la faire dépasser : le tombeau vide parle. Cependant, si les commentaires ont abondés sur le tombeau vide, ils sont passés rapidement sur le tombeau ouvert, alors que les évangélistes insistent sur « la pierre roulée ». « Voici que moi j’ouvrirai vos tombeaux et vous conduirai dehors » dit Ezéchiel 37,12. Le thème de l’ouverture renvoie au récit de l’Exode, aux murailles de Jéricho qui s’écroulent. L’Egypte était un tombeau : elle devient le ventre maternel pour l’accouchement d’un peuple. Ainsi
pour la mort, qui devient le lieu d’où surgit une vie nouvelle et qui se fait en quelque sorte maternelle en sa défaite. Contrainte à engendrer son contraire, la vie.
Ce passage d’un espace de mort à celui d’ une autre vie est toujours très difficile à faire comprendre. Et pourtant il nous est familier dans sa forme quotidienne. Nous avons tous fait l’expérience du renouveau que peut engendrer une situation vue comme catastrophique dans notre vie normale. Cela demande du temps, une certaine acceptation et l’envie de repartir. En christianisme nous appelons cela la foi.

« C’est bien moi »

Qu’ont vu exactement les disciples ? Jésus ne ressuscite pas dans l’histoire, il ne vient pas reprendre le cours de la vie là où il l’avait laissée à l’heure de sa mort : tout le monde insiste sur le fait que résurrection ne signifie pas réanimation. Les récits d’apparition veulent nous dire que les disciples ont eu, d’une manière qui nous échappe, l’évidence de la vie nouvelle de Jésus.
On découvre d’abord que Jésus est à la fois le même et pas le même. Il a gardé son identité. « C’est bien moi » dit-il aux disciples en Lc 24. Jean et Luc insistent sur la visibilité des plaies de la passion. Comme Jacob ressort de sa lutte avec l’ange, boiteux pour toujours, Jésus porte définitivement gravées en sa chair les traces de son combat et aussi les marques de la totalité de son histoire. Et pourtant, on ne le reconnaît pas du premier coup, qu’il s’agisse des pèlerins d’ Emmaûs, de l’ensemble des disciples qui le prennent pour un fantôme ( toujours en Lc 24) ou de Marie Madeleine (Jn, 15-17) qui le confond avec un jardinier.
Jardinier ! C’est de là que vient le titre de notre formation : les jardins de Pâques pour nous inviter à contempler Jésus ressuscité et faire partager nos découvertes. Et, aujourd’hui , nous nous heurtons aux mêmes difficultés que Marie Madeleine !
Remarquons ensemble que l’évocation du jardin est positive, le jardin est synonyme de vie, de beauté, de fraîcheur et pas de mort ! Il évoque aussi le Paradis terrestre avec « la douceur de Dieu » très présente dans le poème de la création « c’était bon… très bon » ou même la délicate attention de Dieu qui coud des vêtements pour Adam et Eve ! Cette délicatesse on peut la voir encore dans le choix de ce jardin (de l’ange qui s’adresse à Pierre aussi), comme s’il ne voulait pas plus choquer ses amis déjà traumatisés par les évènements des derniers jours.

Au bord du lac, en Jean 21, « aucun disciple n’osait lui demander - Qui es-tu ? - car , ils savaient bien que c’était le Seigneur ». En fait, on ne le reconnaît maintenant qu’à des signes : au partage du pain (Emmaûs), à la familiarité du nom prononcé (Marie-Madeleine Jn 20, 15-17), au prodige de la pêche miraculeuse. Exceptionnellement Jésus viendra à la rencontre de Marie-Madeleine et de l’autre Marie sur la route de la Galilée pour confirmer les paroles de l’Ange au tombeau ; et pour elles c’est une « grande joie » et une mise en route « elles coururent porter la bonne nouvelle » Pendant ce temps les grands prêtres informés des mêmes évènements par les soldats postés en faction au tombeau achètent leur silence et continuent leur traintrain ! » (Mt 28,8-12) deux groupes, croyants / non croyants, sont désormais bien distincts. Tel sera désormais le statut du croyant : il ne trouvera le Christ qu’en déchiffrant des signes toujours ambigus, dans la nuit de la foi.
Toujours est-il que Jésus n’est plus corporellement à la disposition des disciples ; on ne le rencontre plus à volonté. Simplement, il rend sensible sa présence, une présence dira Paul « qui remplit l’univers » Comme le vent, l’ Esprit, on ne sait d’où il vient ni où il va. Car, en fin de compte, il y a présence ; plus proche, plus parfaite qu’avant la Passion : le « avec vous » de Noël n’a jamais été aussi pleinement réalisé, comme le rappelle la finale de Mathieu « Je serais avec vous jusqu’à la fin des temps ». Avec le don de l’Esprit cette présence deviendra intérieure, mais restera tout aussi insaisissable, sinon aux yeux de la foi. Jésus ressuscité n’est plus « de ce monde », comme le Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36), et les deux expressions sont équivalentes. Pas de ce monde et pourtant en nous (Lc 17,21), individus et corps rassemblés.

Après la Résurrection, tout change : jusqu’ici on a cru parce qu’on voyait ; désormais, il faudra croire sans voir. Si le Christ n’est pas ressuscité, tout se heurte au mur de la mort et notre existence est vaine. L’annonce de la Résurrection nous convoque à une décision : allons nous, oui ou non, choisir de croire au Dieu de la vie ?
Ce choix nous l’avons fait … ou nous essayons de le faire. Notre objectif aujourd’hui est de le proposer aux personnes qui passent dans une église, une école, un établissement catholique, une maison de santé,… Comme nous profitons du temps liturgique pour le faire, utilisons ce que nous avons à notre portée dans une église : tableau, vitrail, croix , statue … ou à l’extérieur comme les croix des chemins ou des mariniers, etc … pour présenter, à la suite des artistes, une des multiples façons de dire la fabuleuse nouvelle de la VIE en Christ. Comme Marie-Madeleine, porté par notre foi, disons cette bonne nouvelle. Utilisons les langages les plus variés que nous suggère cette résurrection et illustrons la par les paroles même du Christ ressuscité et laissons se faire le mystère de la foi que nous proclamons à l’anamnèse de chaque messe.

« Jardin de Pâques 2011 » Laurac ; St jean de Muzols
Intervention de M.T.Voute

P.-S.

Bibliographie : Ph.Moingt :"L’Homme qui venait de Dieu", Cerf, 1993 p 23 ss
Aldrin Philippe "Sociologie politique de la rumeur, PUF 2005 p 19