Vivre sa foi avec son conjoint d’une autre religion

Sophie est mère au foyer de 36 ans et a 3 enfants. Elle vie avec son compagnon d’origine cambodgienne, bouddhiste, depuis 16 ans.

A la suite du synode, le Pape souhaite rejoindre toutes les familles, quelles qu’elles soient.
Au regard de votre situation familiale spécifique, quelles sont les difficultés qui touchent votre famille aujourd’hui ?

Pour mieux situer le contexte, je pense qu’il faut préciser que lorsque nous nous sommes rencontrés avec mon compagnon j’étais certes chrétienne mais je n’avais pas encore LA foi. Le Christ ne s’est révélé à moi qu’une douzaine d’années plus tard. Quelle révolution au sein de notre couple, dans ma vie auprès de mon conjoint : lui qui avait accepté que nous baptisions nos enfants « pour me faire plaisir », le voilà avec quelqu’un que risquerait bien de se transformer en « grenouille de bénitier » s’il n’y prenait gare !

Il a donc fallu composer, trouver le savant dosage pour que je puisse vivre ma foi - chose que mon compagnon accepte mais ne comprend pas vraiment - tout en conservant un équilibre familial sachant que tout le temps que nos enfants et moi-même consacrons à la religion n’est à ses yeux que du temps sans lui, hors lui.

Les enfants suivent la catéchèse et ont reçu ou vont recevoir leurs premiers sacrements. Mon conjoint n’y voit aucune objection à condition qu’il ne soit pas impliqué, « qu’on ne lui demande rien ». Il assiste aux messes importantes dans leurs vies chrétiennes mais cela reste un calvaire pour lui. Il est perdu au sein d’une assemblée en Église et se sent du coup mal à l’aise.

Quant à moi, j’essaie de faire en sorte de vivre ma foi en prenant le moins possible de temps sur notre vie de famille. Ce qui est loin d’être évident, le dimanche étant à la fois le jour du Seigneur mais aussi le jour par excellence du partage en famille. Du coup on s’adapte comme on peut, de sorte que chacun s’y retrouve (et pour ne pas se perdre l’un et l’autre !).
Mon compagnon fait beaucoup de compromis en acceptant entre autres que nos enfants aient une éducation chrétienne. Mon compromis est de ne pas assister régulièrement à l’Eucharistie du dimanche.

Les samedis où les enfants ont catéchèse ou alors ceux où je suis en formation chrétienne (je suis cette année le cycle Saint Vincent, une rencontre par mois) sont autant de dimanches où je ne vais pas à la messe. Pour mon conjoint c’est trop lourd : déjà un samedi matin (pour le caté) ou un samedi entier (pour le cycle St Vincent) sans lui, si on y ajoute la messe du dimanche c’est trop !

Comment la foi vous aide à avancer ?

Dans les premiers temps j’allais à la messe tous les dimanches, mais je me suis vite rendue compte que ce n’était pas possible pour mon couple. Il a donc fallu faire des choix, dont ceux énoncés précédemment. Je sais que je passe à côté de beaucoup de choses mais la foi que j’ai pour Dieu me permet de vivre tout cela sereinement : Il est amour, Il comprend donc forcément que l’amour que j’ai pour ma famille me demande de faire des compromis.

Comment trouvez-vous votre place dans l’Église ?

Il a fallu trouver un équilibre là aussi. J’ai été catéchiste pendant quelques temps mais la régularité imposée pesait trop sur notre vie de famille. Maintenant je m’occupe des professions de foi. Le plus gros du travail que cela me demande peut se faire en semaine ce qui me convient bien.
La règle d’or est que je ne prends aucun engagement sur la durée sans en avoir parlé avec mon compagnon auparavant.

Vous y sentez-vous soutenue ou rejetée ?

Je ne me suis jamais sentie vraiment rejetée par l’Église. Il arrive que l’on me demande pourquoi je n’ai pas été à telle ou telle manifestation, qu’on me dise que cela fait un moment que l’on ne m’a pas vu à la messe, et quelquefois je sens bien qu’il n’y a pas une vraie compréhension à mes absences mais à vrai dire ça m’est égal. Je sais pourquoi ces choix sont faits, tout est bien clair pour moi et je le vis sereinement.

A mes yeux dans toute communauté, c’est dans la diversité que l’on s’enrichit. Sur ma paroisse comme ailleurs, on rencontre des personnes qui pensent comme vous ou qui au contraire on du mal à comprendre votre façon de faire. Mais le plus important et le plus beau c’est que malgré nos différences nous sommes tous unis par le Christ.