Avoir 20 ans à l’ouverture du Concile Vatican II

A l’ouverture du Concile Vatican II, avoir un peu plus de 20 ans en novembre 1962, être en éveil et attentive en tant que jeune chrétienne à cette « mise à jour » (aggiornamento), je crois que j’ai toujours considéré que ce souffle nouveau de l’Église était pour ma foi un grand tournant.

Je vous parlerai surtout de trois points qui m’ont le plus marqué et qui sont toujours une force dans ma vie : la liturgie, la reconnaissance du Peuple de Dieu et de sa mission de baptisé, l’œcuménisme.

  • La liturgie, avant le Concile, c’était croire en Dieu bien sûr, suivre Jésus-Christ, écouter l’Église mais c’était d’une façon formelle, obligatoire, obéir à des rites, à des règles strictes et peu compréhensibles qui paraissaient vidées de leur sens (être à jeun, se couvrir la tête, répéter des gestes désuets, assister à un certain apparat, … ). Les personnes âgées récitaient leur chapelet pendant la messe sans s’occuper de ce qui se passait à l’autel. D’ailleurs comment participer vraiment alors que nous récitions des formules ou des répons en latin qui nous étaient peu accessibles, le prêtre nous tournant le dos. Puis ce fut cette mise à jour. Devenir acteur, mieux comprendre, s’impliquer, adapter ses gestes. La liturgie devenait un tout. Nous dépassions la prière individuelle, personnelle et revenions à la communauté, faire ensemble des gestes signes de notre foi commune au Christ. Nous devenions réellement Corps du Christ. Comme j’aime cette procession de communion, ce geste si responsable de tendre la main pour recevoir le Corps du Christ lorsqu’on a connu un geste un peu effacé, sans vrai regard, à la table de communion. Comme j’aime notre attitude de ressuscités, debouts, tous ensemble lorsque le prêtre dit les paroles du mémorial !
  • Être reconnue en tant que baptisée, responsables non pour une vague aide aux prêtres mais pour accomplir notre mission de baptisé. Reconnaître que nous aussi, laïcs, nous avions mission d’évangéliser, de lire et de proclamer la Parole de Dieu. Les évêques et les prêtres devenaient plus proches en nous parlant et en nous écoutant plus facilement. Cette Parole nous est devenue accessible par les études bibliques. Nous achetions des bibles, d’abord toute petites (la Bible de Jérusalem en poche, la mienne date de 1962, justement) puis plus grosses, avec des notes pour nous approprier ces textes que nous découvrions. Nous pouvions lire un Évangile en continu et non entendre que des « morceaux ». Les prêtres nous invitaient à le transformer de l’intérieur. L’essentiel n’était pas d’observer des règles mais d’être présent au monde, de rendre le Christ présent par notre vie quotidienne d’étudiant, de travailleur, de parents. Les mouvements de chrétiens, en particulier l’action catholique, permettaient de le vivre, de le réfléchir et de le prier ensemble.
  • J’ai découvert aussi l’œcuménisme, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Ainsi les protestants n’étaient pas à condamner mais nous pouvions lire la Bible et prier ensemble. Quelle découverte !!!

C’est une joie de fêter cette année l’anniversaire des 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II, de reconnaître tout ce qu’il a été pour nous et de le fêter avec les jeunes générations pour continuer à faire Église aujourd’hui dans la confiance en Dieu et la certitude que le Christ chemine avec nous.

Marie-Claude DESPEISSE