Colloque international de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique

Entendre et proposer l’Évangile avec les jeunes

Le 9ème colloque international de l’Institut supérieur de pastorale catéchétique s’est tenu du 12 au 15 février à Paris et a eu pour thème, en lien avec le synode : « Entendre et proposer l’Évangile en lien avec les jeunes ». Retour sur cet événement avec des participants du diocèse de Viviers.

Nous étions plus de 200 personnes venues des quatre coins du monde pour participer du 12 au 14 février au 9ième colloque international de l’institut supérieur de pastorale catéchétique à Paris. Ce colloque organisé conjointement avec la Faculté de Théologie de Fribourg (Suisse) et l’institut supérieur des sciences religieuses de Vérone (Italie) avait pour thème cette année « Entendre et proposer l’Évangile avec les jeunes ». Il s’agissait à travers le croisement des expériences et des expertises anthropologiques et théologiques provenant de différents contextes de contribuer à la réflexion de l’Église catholique entreprise lors du Synode des évêques sur « Les jeunes, la foi et le discernement.

Le synode des jeunes a ouvert la porte à une nouvelle manière d’être Église. En Effet, comme l’a souligné durant le colloque Don Sala Rossano, secrétaire du Synode des jeunes, « La vraie nouveauté et la dynamique du synode aura été la mise en œuvre de la synodalité. Une nouvelle façon d’être Église ». C’est-à-dire une articulation correcte et vertueuse entre le primat pétrinien, la collégialité épiscopale et la synodalité inclusive de tout le peuple de Dieu.

« Le style synodal » n’a pas pour objectif principal la rédaction d’un document même s’il est précieux et utile. Mais plus que le document, il est important que se diffuse une façon d’être et de travailler ensemble, jeunes et personnes âgées, dans l’écoute et dans le discernement pour parvenir à des choix pastoraux répondant à la réalité. » Pape François le 28 octobre 2018

Ce processus synodal nous invite donc à passer d’une pastorale « pour » les jeunes à une pastorale « avec » les jeunes. Les jeunes ne sont pas l’avenir de l’Eglise mais le présent. Ils ne sont pas les destinataires de l’évangélisation mais les catalyseurs. Se mettre à l’écoute des jeunes est un préalable indispensable. Il est nécessaire avant de parler « aux jeunes », de parler« avec les jeunes » et pour cela il faut vivre un compagnonnage,cheminer avec eux.

L’Eglise dans son histoire a souvent placé les jeunes en terme d’extériorité, c’est-à-dire d’un côté l’Eglise et de l’autre « les jeunes ». Parler des jeunes, nécessite de parler de l’Eglise car les jeunes sont dans l’Eglise. Les « jeunes » ne sont pas un fragment de l’Eglise. L’Eglise n’est pas complète si un seul de ses membres manque car les dons de l’Esprit sont dans l’ensemble de l’Eglise. Nous sommes donc passés d’un colloque sur les jeunes à un colloque sur l’Eglise.

Pour le Frère Enzo Biemmi de l’institut Supérieur de Sciences religieuses. EvangeliGaudium doit être le cadre apostolique de l’Eglise d’aujourd’hui. S’adresser aux jeunes ne doit pas être une visée stratégique mais un véritable questionnement ecclésiologique. Qui s’est éloigné de qui et pourquoi ? L’Eglise ne doit pas appeler à elle mais à travers elle, conduire à Jésus Christ.

L’Eglise doit donc être en sortie, elle doit quitter sa propre centralité perdue, pour rejoindre une centralité christologique.« C’est seulement, si l’Eglise accepte joyeusement sa « démaîtrise » qu’elle pourra de nouveau devenir intéressante pour les jeunes. » Dans une communauté en forme de sphère, aucun jeune ne se trouvera chez lui, dans une « communauté en mode de polyèdre, chacun trouvera sa place. Le polyèdre permet à chacun avec sa culture, ses projets, ses potentialités de trouver sa place. D’autre part, « Penser, organiser et réaliser une pastorale des jeunes en dehors de la dynamique vocationnelle signifie manquer radicalement sa cible et priver les jeunes de ce qui caractérise vraiment leur expérience de vie en tant que jeune. » (n°50)

Le père Seghoni du diocèse de Modène invite quant à lui, l’Eglise à être « adulte » en gardant une juste distance, pour permettre aux fils d’être acteurs de leur vie, de grandir. « Un pas en arrière représente la bonne voie pour offrir une présence responsable et utile à la croissance de ses enfants, d’être une présence au service de la liberté. » Nous devons être les gardiens de leurs rêves et les garants de leur prophétie en acceptant la critique du monde et de l’Eglise que nous avons engendrés. « Etre une Eglise capable de se laisser déprogrammée ». Un véritable mouvement de Kénose est demandé à l’Eglise.

Que dit la Bible au sujet des âges et de la transmission ? C’est à cette question que le professeur Philippe Lefebvre a tenté de répondre. La Bible joue sans cesse avec les codes et les images de la jeunesse et de la vieillesse ; Dieu ne choisit pas un couple jeune et fécond pour être à l’origine de son peuple, il choisit un couple âgé, dont la vie maritale est marquée par quelques problèmes. L’importance est donnée dans la Bible à ceux et celles qui sont ouverts à une Parole, qui sont à l’écoute de leur cœur et pour qui les autres ont une place. Etre jeune serait-ce pas être ouvert à la Vie, savoir faire du neuf avec de l’ancien ?

D’autre part, l’objet de la transmission dans la bible n’est pas « quelque chose ». C’est Quelqu’un, c’est la révélation d’une Personne. Une personne à découvrir et à connaître : c’est là, la perpétuelle nouveauté de l’expérience transmise à vivre à « nouveau ».

De plus, Philippe Lefebvre souligne également le fait que la Bible nous fait part sans cesse de ces ruptures de la transmission, de ces « oublis » de Dieu et de sa Parole, non comme des données du passé heureusement disparues désormais, mais bien comme constitutives de l’enjeu même de la transmission. Une tradition reçue attend une nouveauté personnelle. Il y a une tradition de la rupture des traditions. C’est pendant l’exil que la transmission reprend.

Pour conclure, nous sommes invités à une conversion et à travailler pour une Eglise de l’ « avec », une Église inclusive, en aménageant des espaces où la Parole et les paroles se donnent et se reçoivent. Une Église qui sait être « mère » avant d’être « maîtresse » et qui accepte de mourir à ce qu’elle est, pour laisser de la place à du neuf.

L’Évangile c’est de la dynamite, n’en faisons pas de la tisane pour reprendre une expression de Jean Claude Guillebaud, car l’Évangile est toujours une Bonne Nouvelle pour les hommes et les femmes, jeunes et moins jeunes de ce temps.

Karine LEFEBVRE
Responsable du service de l’initiation chrétienne
Et coordinatrice de la Pastorale des disciples d’Emmaüs