Quel Messie attendent les juifs d’aujourd’hui ?

Les Juifs n’ont pas reconnu Jésus comme Messie. Aujourd’hui encore ils attendent un Messie mais qu’attendent-ils comme Messie ?

La réponse à cette question est inséparable de l’histoire du peuple juif après la ruine du second temple et le bannissement du peuple juif de sa terre au II° siècle de notre ère.

Le Messie attendu est dès lors différent de celui qu’attendaient les juifs de l’époque du Christ : certes, un roi qui sauvera Israël, mais son avènement est déplacé à l’horizon ultime de l’humanité, soit « la fin des jours ». La destruction du Temple et la dispersion du peuple juif sont interprétés comme les douleurs de l’enfantement avant le triomphe du Messie.

Au début du Moyen âge, se développe une conception apocalyptique du messianisme qui n’est pas sans rappeler l’apocalypse chrétienne : le Messie viendra après une lutte à mort contre l’empereur de Rome, puis des chrétiens, menée par un premier « messie » ouvrant la voie à un second messie descendant de David.

Plus tard, les penseurs juifs médiévaux, comme Moïse Maïmonide , commencent à ne plus considérer le messie tant comme une personne, mais comme une ère nouvelle marquée par la fin de l’assujettissement du peuple juif et la paix universelle : harmonie entre toutes les nations et reconnaissance universelle de Yahvé comme souverain de l’univers. Le messie sera alors un grand prophète, modèle moral, mais mortel, fondateur d’une dynastie qui régnera (1000 ans pour certains) avant la fin des temps. La foi juive l’intègre alors dans ses articles de foi et dans la prière quotidienne.

Aujourd’hui, les juifs ultra-orthodoxes considèrent que le messie se confond avec le retour du peuple d’Israël rassemblé (tous les juifs !) sur sa terre (toute la terre : c’est le « grand Israël » qui ne laisse aucune place aux palestiniens musulmans ou chrétiens et mord même, pour quelques-uns des plus fanatiques, sur le sud Liban et sur la Jordanie !). Le peuple sera devenu pieux et accomplira rigoureusement les obligations de la Loi, y compris la restauration du Temple et le retour au culte de Yahvé au Temple : cela explique l’opposition irrédentiste entre radicaux juifs et radicaux musulmans qui disent la même chose…mais pour les musulmans !

Il existe aussi un messianisme juif laïc qui voit le messie, non pas comme une personne, mais comme une ère de progrès et de justice universels, pour certains passant par la réalisation de l’Etat d’Israël en Palestine, avec une collaboration avec tous les hommes de bonne volonté. Le Sionisme dérive de cette vision sécularisée du messianisme, mais elle est rejetée par les ultra-orthodoxes, comme impie et ne restaurant pas un Grand Israël à 100% religieux. Pour d’autres, ce messianisme laïc et séculier se traduit par la participation des juifs aux mouvements révolutionnaires modernes (Marx, Lénine, Trotsky étaient juifs !).

Entre ces deux conceptions, il y a un judaïsme religieux « modéré » qui prône l’avènement d’une ère de progrès, de paix universelle, de justice sociale où les juifs ont la responsabilité et la mission d’être à la pointe de la lutte pour favoriser la venue de cette ère « messianique » : il n’y a plus de place dans cette conception religieuse pour un messie personne humaine ou divine. La réinstallation du peuple juif sur sa terre est vue comme une étape de la rédemption en vue d’une ère nouvelle ère messianique.

Toutes ces conceptions ont en commun que, pour elles, le Messie se confond peu ou prou avec le destin du peuple juif, quelque forme qu’on lui donne, religieuse, ultra-orthodoxe, laïque, révolutionnaire…Il est important de le savoir pour comprendre les nœuds des conflits au Moyen Orient, qui ne sont pas prêts de se dénouer…

Et on est très très loin du Messie des chrétiens !!

Patrick CHARRIER