Pse St Christophe lès Annonay : Retour du Gutemala

La rédaction du Lien a rencontré Cécile et Florent MICHEL, qui rentrent du Guatemala où ils ont passé deux ans en coopération auprès d’une organisation paysanne locale : le CCDA « Comité Campesino Del Altiplano », le Comité paysan des Hauts Plateaux. Ils résidaient dans le département de Sololà, au bord du lac Atitlan .

Que fait le CCDA ?

Le CCDA est partenaire du CCFD, c’est une association guatémaltèque qui lutte pour la reconnaissance des droits des petits paysans indigènes guatémaltèques, notamment l’accès à la terre. Alors que le gouvernement appuie les grands propriétaires dans les cultures d’exportation, les petits paysans dans leur accès à la terre et à la production vivrière sont oubliés et discriminés. Le CCDA constitué et dirigé par des paysans locaux, est autant présent dans la mise en œuvre concrète de solutions agraires (accompagnement de groupes dans le rachat de terres, formation à des techniques nouvelles, perspectives de transformation des produits et de leur commercialisation), que dans le travail de revendication et de dénonciation auprès des instances nationales et internationales. Dans cette région d’une grande richesse naturelle, où l’on trouve une grande diversité de fruits et légumes, les paysans sont pourtant les premiers à souffrir de malnutrition. Le CCDA défend la culture vivrière paysanne (surtout maïs et haricots noirs), invite à la diversification et accompagne les paysans dans quelques productions d’exportation qui permettent d’augmenter les revenus. C’est le cas du café.

Quel bilan tirez-vous de ces deux années ?

Florent  : Ces deux années furent une expérience humaine riche, une véritable ouverture sur le monde, dans la découverte et la rencontre d’un autre peuple. Dans le travail, j’ai pu faire face à beaucoup de difficultés, ponctuées par plein de joies quotidiennes qui font avancer tout doucement. J’ai surtout travaillé avec les producteurs de café, c’est une ouverture sur soi-même ainsi que sur les autres.
Cécile  : La période d’adaptation est très importante, surtout en arrivant dans un milieu si nouveau, si différent, lourdement marqué par la guerre encore récente (36 ans de guerre, finie en 1996). J’ai essentiellement travaillé sur l’organisation : appuyer les cadres de l’association dans leurs responsabilités (réunions, budget…), monter et gérer des dossiers…

Café bio, commerce équitable, est-ce vraiment une chance pour les paysans guatémaltèques ?

C’est une chance s’ils ne se plongent pas exclusivement vers cela, c’est-à-dire en maintenant quoi qu’il arrive une production vivrière. Il faut aussi être exigeant pour produire des cafés de qualité, accroître les investissements pour une meilleure efficacité, mais ils sont freinés car leurs parcelles ne sont pas suffisamment grandes, d’où l’importance d’un travail parallèle auprès du gouvernement. Aujourd’hui, les paysans du CCDA exportent leur café vers le Canada.

Vous êtes militants du MRJC, quelle place tient la religion dans cette région ?

La religion est très présente. Les églises évangéliques surtout prospèrent. L’Eglise catholique est partagée entre un côté conservateur présent dans les milieux aisés, coupé de la majorité du pays, et une Eglise engagée, tournée vers le social, à l’image de Mgr Ramazzini, porte-parole des indigènes ignorés.

Cécile et Florent nous disent pour finir qu’il faudrait que beaucoup de jeunes puissent faire cette expérience unique d’ouverture de soi au monde, qu’il faut accepter de se laisser transformer pour grandir et changer notre vision du monde. C’est de ce pas que l’on pourra changer les choses aussi chez soi.

C’est une belle conclusion, nous leur souhaitons beaucoup de bonheur car ils seront bientôt trois, et ils nous donnent rendez-vous pour une soirée retransmission, peut-être l’année prochaine. Un grand merci à Cécile et Florent.