Notre route en Église n° 6

Liturgie et mission

Dans sa Lettre pastorale, Mgr Blondel aborde la vie liturgique dans sa dimension missionnaire. Il unifie ainsi en quelque sorte les fonctions célébration, confession de la foi et service de l’humanité dans leur source profonde. En effet, la liturgie est le lieu de l’alliance de Dieu et de son peuple : l’un de nous, le Christ Jésus, nous introduit par l’Esprit au cœur de Dieu pour nous renvoyer au cœur du monde.

Les points forts de la liturgie

1 – Le noyau dur de la liturgie c’est la présence du Christ-Jésus célébré dans son mystère pascal. Dès les origines, les premiers chrétiens célèbrent sa mort, sa résurrection, son ascension et l’envoi de son Esprit ainsi que la ferme espérance de son retour glorieux. Tel est l’objet de la prédication des apôtres et de leurs successeurs et de la célébration des communautés.
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Progressivement les éléments de la vie de Jésus sont développés et célébrés : annonciation, naissance (Noël), baptême, transfiguration, passion, descente aux enfers… L’accent est alors mis sur l’incarnation du Verbe de Dieu (c’est ce qu’on appelle le “cycle temporal”. Et toutes ces fêtes s’insèrent dans le cycle cosmique des saisons (celui du bassin méditerranéen) avec le retour périodique du soleil, de la lune, avec les équinoxes, solstices, rythme de la semaine.
A partir du 4e siècle, un cycle marial se met en place mais Marie ne prend place alors qu’après les martyrs. Par la suite, le culte des saints aura tendance à se développer. Vatican II remettra l’accent sur l’essentiel.
Par la liturgie, on entre dans la fête du Christ, du Père et de l’Esprit, fête de la rédemption par la mort et la résurrection du Seigneur, la célébration du plan de salut de Dieu pour tous les hommes. Ce salut s’actualise par l’annonce de la Parole de Dieu et par les sacrements dont le sommet est l’eucharistie.

La liturgie n’est pas un discours sur Dieu, le Christ et le monde. Elle est une action, en paroles et en gestes, une célébration où se noue notre communion avec Dieu.


2 – L’assemblée chrétienne
La liturgie, selon son étymologie, est action, œuvre publique. Cependant elle n’est pas une initiative humaine mais la réponse à l’appel du Christ qui convoque une assemblée.
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L’ordre du jour de l’assemblée ne dépend pas des participants : la liturgie a un déroulement consigné dans des livres officiels concernant la prière des heures, la messe, les sacrements… Ces dispositions, qui laissent cependant place à l’adaptation locale, sont nécessaires car l’Église célèbre ce qu’elle croit (lex orandi, lex credendi). Elles assurent ainsi une homogénéité dans l’expression de la foi commune, quels que soient les pays.
Non seulement, le déroulement des cérémonies est codifié, mais également paroles et gestes ne sont pas laissés à l’humeur de celui qui préside. Sans tomber dans la magie (qui prétend avoir prise sur le divin), il importe que l’on sente que ce qui se réalise a son origine en dehors de nous et que son efficacité vient d’un Autre.
La liturgie pourtant est fortement enracinée dans notre conditionnement humain. C’est le principe d’incarnation. Dieu s’est révélé dans l’histoire d’un peuple, il a parlé en langage humain, et s’est finalement incarné en Jésus. C’est pourquoi les nombreux symboles de la liturgie, partant de réalités de la vie courante, deviennent moyens privilégiés pour nous faire accéder à un au-delà des réalités que sont l’eau, le pain, le vin, l’huile, le feu…
Ce principe d’incarnation se vit également dans les attitudes du corps. Si dans la prière privée, on peut rester au volant de sa voiture, déambuler dans un cloître ou un jardin, voire rester couché… dans nos assemblées, des attitudes corporelles sont prescrites. La station debout représente ma liberté de ressuscité qui accueille le don de Dieu, etc. Là aussi, si l’état spirituel et physique de chacun permet une certaine liberté d’expression, il convient que l’assemblée adopte les mêmes postures.
D’autres éléments s’ajoutent dans nos célébrations qui doivent être traités par les équipes liturgiques : l’aménagement des lieux et leur entretien, la décoration florale, le chant, le choix des lecteurs et leur formation, la diffusion des feuilles paroissiales, la composition de la prière universelle et sa lecture…

Encadré
La réforme liturgique
L’Église s’adapte à la société dans laquelle elle vit. Quand on parlait grec, la liturgie était en grec. Quand on s’est mis à parler latin, la liturgie a été traduite. La messe était déjà célébrée en latin en Afrique du Nord (4e s.) quand elle l’était encore en grec à Rome ! Les réformes de la liturgie ont été nombreuses au cours des siècles (sous Charlemagne, après le concile de Trente avec Pie V…). Pie XII a restauré la vigile pascale (1951), réduit la durée du jeune eucharistique qui a conduit aux messes du soir (1953) pour déboucher sur la grande réformede Vatican II. Notons que la constitution sur la liturgie a été adoptée par 2147 voix contre 4. Elle remettait le “temporal” (les mystères du Christ) au premier plan. Les lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament étaient considérablement augmentées et réparties sur trois années. Lors du dernier synode des évêques (2008) sur la Parole de Dieu, des nouvelles propositions ont été présentées au pape.

La dimension missionnaire de la vie liturgique

La liturgie est le lieu où, pour les chrétiens, notre foi se déclare et se développe, mais elle peut être, par les acteurs que nous sommes, annonciateur du salut en Jésus-Christ, pour « des personnes peu pratiquantes ou même marquées par le climat d’indifférence et de sécularisation », chez qui l’Esprit est à l’œuvre. (LP 21)
La liturgie est missionnaire dans sa définition même qui est annonce et réalisation du salut offert en Jésus-Christ par sa parole et ses gestes.
La communauté est le premier témoin et le messager de ce salut. Encore faut-il qu’elle en soit consciente et le manifeste. C’est pourquoi, pour mieux répondre aux objectifs de notre évêque, l’EAP vous invite à relire ce qui précède et à y réfléchir au sein des équipes relais, des équipes liturgiques, de préparation aux sacrements et autres. Et pour en voir les applications concrètes, nous traçons quelques pistes regroupées sous trois aspects de la présence de Jésus-Christ : dans notre assemblée, dans sa Parole, dans son Eucharistie.
1 – Notre assemblée, présence du Christ.
. Églises ouvertes et accueillantes (ornées) grâce aux personnes qui s’en occupent.
. Nos assemblées ne sont pas des agrégats d’individus, mais réunions de famille dont la source n’est pas la parenté physique ou l’amitié mais la foi commune. L’église est la “maison de Dieu” mais aussi notre maison.
. Accueil. Notre curé a l’habitude d’accueillir les fidèles avant la messe. Un membre de la communauté locale ne pourrait-il pas s’y adjoindre pour lui laisser le temps de se préparer, surtout quand des non pratiquants sont attendus (funérailles…).
Le prêtre préside la liturgie, il n’est pas l’homme-orchestre qui doit annoncer et diriger les chants, allumer les cierges, éteindre la sono…
. Préparation de l’autel, du lectionnaire (à la bonne page), des cierges… Qu’une seule personne recherche les lecteurs.
. Attitudes. Toute procession doit démarrer par le fond pour éviter la cohue. Comment s’y habituer ?
. Grandes fêtes. Occasion d’accueillir et d’être missionnaire.
2 – La Parole, c’est le Christ
Le n° 4 de Notre route en Église avait déjà tracé des pistes. Précisons dans le cadre de la liturgie.
. Nos églises abondent en croix, autels, statues… quelle place pour le Livre de la Parole de Dieu ?
Le mettre en valeur lors des lectures (cierges, encens (?), inclination, monstration)
. Lecteurs. Elargir le choix. Ne pas faire lire quelqu’un non expérimenté sans l’avoir entendu. (Fiche technique à élaborer ?)
. Homélie. Demander l’avis des fidèles sur leurs souhaits ?
. Catéchèse. La liturgie est un “lieu-source” de la catéchèse : comment donner à ceux que nous accueillons (funérailles, familles des baptisés…) le goût de Dieu ?
La liturgie étant une action sacrée et non un “discours sur Dieu” ne demande pas, au cours de son déroulement, d’explications en dehors de l’homélie et de brèves introductions aux lectures. Il convient toujours de distinguer le temps de la catéchèse et celui de la célébration.
. Formation. Y a-t-il lieu de mettre en place des formations spécifiques sur la Bible en dehors des groupes bibliques œcuméniques ?
. Équipes “funérailles”. Service de la compassion, mission de la communauté.

3 – Présence de Jésus dans les sacrements
Notre Route en Église n° 5 a été consacrée à l’Eucharistie. Nous nous bornons ici à l’envisager dans le cadre de la liturgie.

. Tension entre la célébration unique qui rassemble toute la communauté dans une église centrale et les célébrations où l’Église se fait proche dans chaque clocher ! Quel est le ressenti actuel ? (Les 3 pôles, messes alternées dans les autres villages). Envisager des célébrations de la Parole ? Des pratiquants sont-ils “privés” de messe, faute de pouvoir se déplacer ?
Funérailles avec ou sans eucharistie ? Comment se pose la question ? Des églises trop petites pour des assemblées nombreuses : y remédier ?
Dimanche autrement. Souhait de l’épiscopat français. Comment le mettre en place ? Où ? Dans chaque communauté locale ou unique ? Vos idées ?
Essai à transformer lors de la visite de Mgr Blondel, le 14 juin.
Préparation aux sacrements de baptême, de confirmation, de “première communion”, de mariage. Ce qui existe, ce qui peut s’améliorer.
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