M O H A M E D Père Christian Goudard

Notre unique rencontre débuta près d’une entrée d’autoroute. Vous veniez du Nord et vous alliez vers le Sud. Le Nord, c’était une partie de votre famille installée à Lille. Le Sud, c’était votre Algérie natale. Et nous allions faire ensemble une partie du chemin qui vous ramènerait chez vous.

Durant ces kilomètres de voyage commun, vous me confiez, que vous êtes en formation à Alger pour devenir inspecteur du Trésor dans votre pays. A partir de là, nous allons nous livrer un peu l’un à l’autre. A ma demande, vous me précisez que vous êtes musulman, et que vous pratiquez fidèlement votre religion : la prière, cinq fois par jour, la grande prière à la mosquée le vendredi, et le mois du ramadan, une fois l’an. Je vous dis que je suis chrétien, prêtre, en tentant de vous préciser qui est le prêtre et quelle est sa mission.

Après un moment de silence, tout chargé de respect mutuel, vous enchaînez : « il faut qu’il y ait un vrai dialogue entre les religions ». Pour vous cela semblait non seulement nécessaire, mais bien vital, pour le service de la paix. Les chrétiens, vous ai-je dit, sont très ouverts à cette dimension (le Concile Vatican II ne nous invite-t-il pas à reconnaître dans les autres religions des germes de l’Évangile ? Et, à partir de là, à tisser des liens de fraternité et de charité vraie entre nous tous ?)

Toujours chemin faisant, j’apprends de vous ce qu’est un Imam, comment on est préparé à devenir ainsi serviteur de l’Islam. Prenant la balle au bond, je vous parle encore de la vocation de prêtre et de la manière de se préparer à devenir berger pour conduire à Dieu le troupeau. Joie de partager ensemble. Joie d’une confiance mutuelle qui s’installe entre nous…

Au terme de ce dialogue riche et rempli de merveilles, nous allions devoir nous séparer… J’arrête mon véhicule et je vous pose un peu timidement la question : « voulez-vous que nous prions ? ». Votre réponse positive m’encourage et je vous propose : « je fais silence dans mon cœur pendant que vous dites une belle prière de l’Islam. Et, si vous le voulez, vous m’écouterez tandis que je prierai une belle prière chrétienne ». En silence, j’écoute Mohamed prier en Arabe. Puis, en silence, Mohamed écoute le « Notre Père » que je priais en Français…. « C’est beau ! » dit-il… Vrai moment de communion entre deux croyants…

Nous nous sommes alors séparés, chacun suivant sa route… Il faudra sans doute attendre le Ciel avant que nous nous retrouvions de nouveau. Mais cette rencontre providentielle aura été un vrai moment de Ciel sur la terre !

En ces temps tourmentés, qu’il est bon de regarder et de nous partager ce que Dieu fait pour nous, et de Lui dire notre louange et notre merci !