Le PIN NAIN Père Christian Goudard

C’est le printemps ! La nature est bien éveillée ! Les fleurs, bientôt les fruits… Loué soit Dieu pour tant de merveilles ! A bien la scruter, dame nature nous apprend, à nous, humains, l’art du vivre ensemble ! Dans la nature, tout à bien sa place, et tout est bien ordonné. Une nature qui semble nous être offerte comme un appel à avancer vers un monde où, chacun tenant sa place et son rôle, tout puisse bien se vivre, paisiblement, dans l’attention à l’autre et le respect de lui.

L’histoire du pin nain de Sibérie, rapportée par un prisonnier des camps infernaux du goulag semble nous inviter à créer de bons liens entre nous, à vivre en bonne amitié et plein de prévenance, jour après jour. Découvrons…

Dans l’extrême Nord de la Sibérie (- 60 ° en ce moment), parmi les bouleaux nains, les buissons bas des sorbiers et les mélèzes vieux de 600 ans, il y a un arbre spécial : le pin nain. Un tronc à peine plus gros que le poing, et long de deux ou trois mètres ; ses racines s’agrippent aux fentes du rocher. Comme tous les arbres du Nord, il est vaillant et têtu ! Et il a une incroyable sensibilité.
Ce matin, le vent pénétrant de l’automne est devenu d’un calme menaçant… Mais la neige n’est toujours pas là ! Et voilà qu’un beau matin, le pin nain se courbe, de plus en plus bas. La cime vient égratigner la pierre ; il se presse contre terre en écartant ses branches vertes. Il s’aplatit ! Ainsi couché, il attend, un jour, deux jours… Et voilà que le ciel blanc se met à déverser enfin une neige poudreuse qui atteindra vite une hauteur de trois mètres… Le pin nain, couché, va pouvoir
hiberner, tel un ours…
A la fin de l’hiver, alors qu’on désespère de voir le printemps arrivé, voici que le pin nain… se redresse, surgit ! Il traverse la couche de neige sous laquelle il était enfoui, la secoue et, finalement, se redresse, plein de majesté ! Il lève vers le ciel ses aiguilles vertes, givrées. Il entend l’appel des beaux jours, et les montre aux humains en se relevant : sa fragilité naturelle, sa sensibilité annoncent l’avenir : l’hiver est terminé !

Non ! Le pin nain n’est pas seulement annonciateur du beau temps, à la fin de l’hiver ! Il est l’arbre de l’espoir. Sa ramure raconte la chaleur, la vie. L’été, inséré dans un environnement naturel, il reste modeste et passe inaperçu. Mais à la fin de l’automne, au moment des premières neiges, il annonce l’hiver et, se courbant, s’en protège ! Merveille de la nature !

(D’après « Les récits de la Kolyma » - écrits d’un survivant des camps du goulag)