L’ANNEE SAINTE DE LA MISERICORDE Père Christian Goudard

Le Sacrement de la Miséricorde : d’une grande actualité

La confession attire de nouveaux les fidèles de tout âge - Tout près de la gare Saint-Lazare, en plein Paris, l’église Saint-Louis d’Antin ne désemplit pas. En attendant leur train ou entre deux rendez-vous professionnels, jeunes venus de banlieue et cadres quadragénaires patientent aux côtés de mères de famille et de personnes âgées devant les confessionnaux ouverts de 8 heures à 19 h 45. « Nous avons plus de 200 confessions par jour, jusqu’à 800 avant Noël ou Pâques », assure le P. Xavier Lefebvre, curé de la paroisse, qui n’hésite pas à parler de « regain » de ce sacrement depuis plusieurs années. La tendance s’est largement confirmée, dit-il, depuis l’arrivée du pape François, qui a placé la miséricorde au centre de son pontificat.

Depuis la chapelle de Notre-Dame-des-Dunes à Dunkerque, le P. Pierre Hochart fait le même constat : les attentats de janvier puis de novembre 2015 ont encore renforcé l’affluence au confessionnal. Et l’Année de la miséricorde lancée par le pape produit aussi ses effets. « Notamment le message qu’il a envoyé aux personnes ayant vécu un avortement », estime ce prêtre qui passe plusieurs heures par semaine en confession. Comme lui, le P. Nicolas Burle, jeune dominicain de Tours, affirme avoir confessé plusieurs femmes dans ce cas : « J’admire le génie du pape, qui a réussi à faire parler de miséricorde et d’avortement… et ça a marché ». Des fidèles qui évoquent souvent des sujets difficiles comme le harcèlement au travail, les violences conjugales, ou la solitude.

Les prêtres cherchent à se rendre plus disponibles - Parmi les pénitents, « on remarque plus de jeunes », confirme le curé de Saint-Louis d’Antin. La « variété des profils » étonne aussi le P. Luc Forestier, recteur, jusqu’en juin dernier, de l’église Saint-Bonaventure, dans le centre de Lyon. Pour encourager ce retour, les prêtres cherchent à se rendre plus disponibles et développent des outils pédagogiques pour aider les fidèles, comme des feuillets explicatifs sur les présentoirs des églises. L’attente est bien là et, « si on facilite les choses, les gens viennent », affirme le P. Lefebvre.

Impossible de quantifier le phénomène, mais tous perçoivent un changement d’état d’esprit. « Les catholiques se sont affranchis de la liste des péchés, de tout ce qui est normatif », confirme le P. Matthieu Aine, prêtre à Dunkerque. La démarche n’est pas facile et une certaine approche moralisante, peu en phase avec l’air du temps, a pu, pendant plusieurs décennies, éloigner de la confession. Mais aujourd’hui, l’époque de la confession routinière voire obligatoire, est à leurs yeux révolue. Dans le secret du confessionnal, les catholiques trouvent l’un des « rares espaces de liberté et de gratuité » proposés dans la société, avance le P. Forestier. « Ils savent que ce qu’ils confient ne sortira pas de la pièce, ils viennent déposer des poids énormes, surtout lorsqu’il s’agit de la première confession depuis plusieurs années. »

Harcèlement au travail, violences conjugales, enfants difficiles mais aussi crises de couple et problèmes financiers : les situations évoquées en confession sont parfois « extrêmement dures », relève le prêtre lyonnais. « Je suis très impressionné de voir ce que les jeunes s’infligent, et ce qu’on leur inflige », s’émeut quant à lui le P. Burle qui, pendant ses vacances, confesse volontiers dans des lieux inhabituels, de la féria de Dax au festival d’Avignon. « Le pape nous demande d’aller aux périphéries, vers des personnes qui ne rentreraient pas forcément dans une église », ajoute le dominicain, dont l’habit blanc suscite souvent la discussion.

La confession, un moyen privilégié pour vivre l’Année de la miséricorde : pendant le Carême, les fidèles sont appelés à se confesser pour approfondir leur démarche pénitentielle. Depuis le début de son pontificat, le pape François encourage vivement à pratiquer ce sacrement, et plus encore pendant ce Jubilé de la miséricorde qui s’est ouvert le 8 décembre.
Marie Malzac