HOMELIE DE Mgr FRANCOIS BLONDEL, PRONONCEE LORS DE L’EUCHARISTIE DU DIMANCHE 18 MAI, AU TERME DE SA VISITE PASTORALE,

EN L’ EGLISE DE L’ANCIENNE ABBAYE DE MAZAN

Je fais un peu le point avec vous et avec le Seigneur sur cette semaine passée dans la paroisse, où j’ai rempli ma mission de Pasteur qui écoute, qui encourage, qui indique aussi peut-être la route et qui rappelle la force de la vie chrétienne.

D’abord, j’ai été vraiment bien accueilli. Je me rappellerai longtemps du premier rendez-vous mardi soir. Je crois que nous avons tous été impressionnés par le nombre de ceux qui avaient répondu à l’invitation. J’ai senti cela comme une marque profonde de votre foi en l’Eglise. L’Evêque vient, alors on vient, nous sommes là, c’est notre Eglise, c’est notre famille. Et comme me le disait encore hier soir le Père Christian : « Nous étions attendus partout ! ». Et Dieu sait si j’ai fait des visites, et encore j’aurais dû en faire plus (j’aurais dû, mais peut-être n’aurais-je pas pu). Tout cela, c’était parce que vous aviez très bien préparé, avec un très grand soin, que ce soit dans l’organisation et la manière dont la visite avait été pensée par l’Equipe d’animation paroissiale et les équipes-relais, et sur place, chacun tenait sa place, chacun tenait son rôle.

C’est ma première conclusion ; pas seulement un vrai « merci », et pourtant il est vrai, il faut y joindre toute l’amitié, toute la chaleur humaine, les repas bien préparés… Mais, c’est une reconnaissance : vous dites, vous affirmez avec simplicité votre identité de chrétien. Oui, l’Eglise est vivante, des hommes, des femmes, des religieuses pensent, bâtissent. Merci Seigneur ! Je crois en l’Eglise !

Je ne vais pas refaire mon itinéraire, d’ailleurs je crois que je me perdrais tout seul dans les tournants, surtout dans les retours de la nuit ; heureusement j’avais toujours un bon conducteur ! Mais je voudrais simplement développer avec vous trois axes, trois points forts que j’ai vu et qui sont aussi des appels, qui sont notre vocation et qui, je crois, vous caractérisent ici : votre foi est un trésor. Vous êtes de ce pays, membres de la communauté humaine. L’exigence de la vie communautaire.

Notre foi est un trésor, ici, dans ce pays, nous en avons fortement conscience. C’est un trésor reçu, une tradition forte ancrée dans notre histoire, dans nos parents, et nous aimons évoquer cette fidélité sans faille, dont nous avons tant reçu et dont le diocèse a reçu tant et tant de vocations. Nous en avons encore eu le témoignage hier à St Etienne de Lugdarès. Cette foi, vos anciens en témoignent toujours par leur bienveillance, par leur chapelet, par leur foi totale en Jésus Christ et en la vie éternelle.

Trésor, oui, il suffit de voir nos églises, Mazan, notre histoire qui a été évoquée dès le premier soir. Vous avez tenu à m’ouvrir ces églises, ou plutôt à me montrer qu’elles étaient ouvertes, qu’elles étaient belles, si belles dans leur simplicité, dans leur solidité. Ces églises sont l’écrin de notre trésor, nous en avons hérité, elles sont nos maisons de famille. Merci à ceux et celles qui les tiennent belles, accueillantes. Comme je vous l’ai dit, c’est une mission, et j’ai confiance qu’elle ne cessera pas.

Mais cette forte tradition, voilà qu’elle débouche sur une étape nouvelle, une hésitation. La forte vague de la foi ne se transmet plus aussi simplement que cela se passait. Nous sommes dans cette culture actuelle qui n’a plus les mêmes bases. La foi doit chercher ses mots, trouver sa proposition. La foi devient un appel devant des libertés. Il y a là tout un domaine à relancer pour la catéchèse. J’ai été très heureux de partager la bonne journée aux Neiges avec des jeunes parents qui accompagnaient les enfants. Il y a là les questions que les jeunes professionnels qui se sont réunis un soir, jeunes foyers bien dans leur vie, bien dans leur peau ont posées. La foi comme recherche, comme échange dans un dialogue. Il y a le signe si beau de ces cinq confirmés, tous simples.

Trésor de la foi, il s’agit de le trouver ensemble dans l’Evangile, de vivre des partages d’Evangile, des équipes peut-être, de savoir se réunir. Le trésor de la foi s’entretient dans la prière et dans l’Eucharistie bien sûr, l’Eucharistie sans laquelle nous perdons la mémoire de ce Seigneur Sauveur. Trésor précieux, trésor fragile ; nous ne sommes pas seuls, les autres chrétiens sont là, le Seigneur est là chaque jour jusqu’à la fin du monde. Etre une Eglise qui propose humblement la foi, cette Bonne Nouvelle énorme pour le monde, foi en la vie éternelle, foi en Jésus Christ.

Je vous ai aussi vu et compris comme profondément attachés à votre pays. Vous êtes d’ici, vous êtes de la montagne ardéchoise. Vous êtes membres de cette société, de cette culture. Ceci, vous avez voulu me le partager, m’en montrer la beauté, les valeurs, l’héritage aussi et tout le savoir faire, même pour fabriquer du beurre. Vous savez, c’est une grâce, vous n’êtes pas des anonymes, vous n’êtes pas interchangeables. Ce monde, il est le vôtre, avec ses chances, avec ses risques. Un chrétien est un semblable. Vous connaissez ma devise
qui vient du Concile : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, sont les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des chrétiens ».

J’ai été frappé par cet attachement, qui n’est pas seulement le fait des anciens, mais aussi de bien des jeunes. Et ce n’est pas seulement un rappel du passé, il y a toute une ouverture à l’avenir, aux projets. Je l’ai vu dans les visites d’entreprises, dans le dialogue avec les agriculteurs, dans des projets intelligents pour le tourisme, dans l’organisation des services. C’est votre lieu, parlez-en entre vous, c’est je crois un atout.

Mais j’ajoute quelques points d’attention :

Un vrai accueil des « nouveaux ». Ce n’est pas toujours simple, même si vous êtes accueillants. Mais, on attend surtout qu’ils s’intègrent, qu’ils nous rejoignent. C’est plus difficile de croire qu’ils peuvent nous apporter quelque chose de leurs valeurs, nous avons un peu de mal à le penser, dans la vie sociale, dans la paroisse aussi.

Une attention aussi à l’intergénération, que les anciens n’attendent pas des jeunes qu’ils vivent exactement comme eux. Que ce soit dans la société, que ce soit dans l’Eglise ; on passe des relais, mais on ne se remplace pas.

Ce monde bouge, c’est là que le Seigneur nous met. Et surtout, l’appel et l’attention aux pauvres, à la solidarité, aux exclus. Je l’ai vu dans vos témoignages, il y a beaucoup d’engagements personnels, réels. Mais là aussi, bâtissez des équipes : solidarité, un regard par rapport à la famille, il faut travailler avec le Secours Catholique, avec le CCFD, dans ce monde, pour ce monde, serviteurs et témoins d’espérance ensemble !

Mon troisième point fort, c’est celui de la communauté chrétienne. Les chrétiens pratiquants, même ceux un peu plus occasionnels qui ont leur place, nous sommes moins nombreux. Notre communauté chrétienne ne coïncide plus avec la communauté villageoise de notre « paroisse » comme on dit en parlant de sa commune et de son église. Il y a là une peine, une interrogation, parfois une nostalgie peut-être. En fait, cette situation est normale dans cette société qui est la nôtre, par rapport à la foi, par rapport aux autres religions, par rapport à une mobilité forte. Elle ne doit pas nous conduire au repli, ou au rêve, pas du tout ! Vivre en communauté est nécessaire pour nous et fait partie de notre mission pour le monde. Cette communauté, elle est plurielle.

Il y a d’abord les chrétiens d’un village, c’est-à-dire d’une commune. Peut-on dire de nous maintenant que nous sommes visibles : « Voyez comme ils s’aiment, voyez comme ils se respectent dans leurs différences », Saint Paul l’a dit dans l’Epître.

Ensuite, cette communauté de chaque commune est insuffisante en elle-même, elle a besoin des autres communautés, et d’ailleurs c’est un signe qu’elle est ouverte. Donc, bâtissons nos trois communautés locales avec les trois fonctions des équipes-relais, connaissez-les. C’est une chance, c’est un défi. Ce réseau de proximité, cette parenté, continuez. La communauté locale, sachez-le, c’est l’échelon de l’Eucharistie. Je ne voudrais plus qu’on me dise : « La messe est chez nous ce matin ». Non, la messe est toujours chez vous, elle est toujours chez nous, vous êtes toujours chez vous à la messe quelle que soit l’église de la communauté locale. C’est toujours notre messe quand on se réunit avec les chrétiens qui sont nos frères. La messe, c’est le Christ qui tisse son Corps, vous êtes membres les uns des autres. Vous êtes liés dans le Corps du Christ. Nous n’aurons des personnes de tout âge, des enfants, que si nous savons bien centrer nos messes de communautés locales.

La solidarité des trois communautés locales : l’âme commune, la direction à assumer, c’est la paroisse Notre Dame de la Montagne, votre paroisse, c’est votre équipe d’animation avec les prêtres et les laïcs qui y sont appelés, c’est tout un effort de formation, de réflexion, c’est un peu comme un grand paquebot avec sa route et son lien avec toute l’Eglise. Et je dis mon « merci » pour vos prêtres et pour les personnes qui acceptent des responsabilités, pour les Sœurs. Je vous envoie bâtir une vraie fraternité, le monde en a besoin, sinon il se dévorera dans les rivalités.

François BLONDEL
Evêque de Viviers