Encore et Encore… Les témoignages nous parviennent petit à petit ! En voilà donc, un autre.

Lundi 4 août 08, 18h environ…
Me voici à bord d’un TGV à destination de la Côte d’Azur, pour rejoindre des amis. Aucune transition avec Lourdes. La preuve ? Une dame encombrée de bagages et plantée au milieu, un peu perdue dans la voiture 17, et voilà que les gens grognent. Impensable dans le train des pèlerins !
Le retour de Lourdes n’avait pas semblé si difficile jusque là, et pourtant que de différences entre ces 5 jours un peu hors du monde, et le reste du temps, même celui des vacances ! Autre différence notable dans cet autre train : une certaine futilité, légèreté, certes nécessaire aux vacances, quand je me vois entouré de Public, Gala et autres Voici.
Alors je me prends à rêver de me racler la gorge, me lever, prendre ma plus belle voix et raconter à mes nouveaux compagnons de voyage ce que j’ai vécu pendant 5 jours, en relisant les notes prises au fil du pèlerinage…

Dimanche 27 juillet : Tout d’abord ces rencontres, en accueil, sur la quai de la gare. Rencontre entre pèlerins du train bleu et du train blanc. Ne pas se tromper de train, ne pas se tromper de quai, excuse pour entamer la discussion. Puis cette rencontre avec les jeunes hospitaliers, certains nouveaux, intimidés, mais qui ne le resteront pas longtemps (n’est ce pas Nicolas ?). Les habitués aussi, les anciens, les visages qu’on reconnaît, qu’on soit hospitaliers, pèlerins valides ou malades !
Puis après la rencontre, le partage. De quelques mots, de regards, de gestes simples et tendres. Des dialogues aussi, souvent trop courts parce qu’interrompus par un service à effectuer. Devenant plus exigeant avec les années, j’aimerai pouvoir développer le relationnel et le dialogue un peu plus. Creuser, tisser, renforcer des liens…

Lundi 28 juillet, 12h10 : Puits de lumière. Ca y est, on est lancé. Les beaux moments pleuvent.
- Ce couple, avec le mari aveugle, qui découvre, à la suite des mains de sa femme, les chariots bleus dans lesquels on transporte les personnes ayant du mal à se déplacer. Un pèlerin de Viviers parmi tant d’autres. Lors de cette découverte tactile, rencontrer la main de la malade du chariot. Deux mains qui se serrent, s’entremêlent. Un lien éphémère mais fort qui se tisse.
- Sans transition, un autre moment me revient : Véronique qui accompagne à l’ombre, à petits pas lents, à son rythme, une dame piquée par le soleil pendant la messe devant la Grotte.
- Autre moment mémorable : le coup de fil de Benoît et Frédéric, perdus devant la Vierge Couronnée, avec leurs malades, alors que nous sommes devant le musée Bernadette.
- Et Jean-Paul ramenant la dernière malade après la photo…

Un constat réalisé ce matin, très rapidement. Cette année, de manière encore plus rapide et naturelle que les années précédentes, je ne vois plus le service des malades mais le « vivre le pèlerinage ensemble ».
Les aspects « techniques » s’effacent d’années en années, peut-être une raison à ma sérénité. Une autre : l’année que je viens de vivre…

17h20 : 1er temps de reprise avec Père Léopold… J’écoute Léopold et je fais le compte. Nous sommes tous là, malgré le crachin. Il pleut. De l’eau, et des beaux moments encore.
Lecture complice avec Pascale, d’un clin d’œil, clin Dieu dirait un ami. Léopold enchaîne avec l’histoire d’une « vieille » et le sourire ! Léopold nous met à l’aise, il est direct. « Attaque » sur Frédéric, qui partage ses beaux moments du jour… Emmanuelle enchaîne… Et ça enchaîne… Pascale finit par le leitmotiv du pélé : plus vite, plus haut, plus fort ! Et bien sûr, les consignes ! A suivre…

Mardi 29 juillet, 8h05 : je m’esquive pendant la descente des malades. Ce matin, intendance et recherche de volontaires dans le groupe pour différentes tâches dans la journée.
Au hasard des rencontres, je croise des yeux fatigués, un peu moins de pep’s… Les nuits sont courtes, parfois gênées par les panneaux lumineux de « sortie » de secours, alors démontés ! Des esprits occupés, des rêves agités, des ronflements bruyants… la fatigue est là. Mais nous aussi, toujours volontaires !

Un autre beau moment a eu lieu hier soir. La procession évidemment, qui a marqué les cœurs et les esprits. Mais surtout l’arrivée d’une lumière, la 29ème du groupe : Guillaume, inattendu après son angine. Une journée de train et de galères pour rejoindre Lourdes, les malades, le groupe et le diocèse en pèlerinage.
Une fidélité, une dévotion, une vocation d’années en années, que Guillaume renforcera à nouveau dans le train du retour…

Les beaux moments pleuvent encore, un véritable déluge ! Pourtant le soleil brille… Les langues se délient en ce deuxième jour, pour partager ses beaux moments, en quelques mots échangés en se croisant, dans le puits de lumière, dans un ascenseur ou en marchant… et une fois par jour au 5ème étage de Saint Frai.
18h50 : « débrif’ », sans Raphy : Lourdes Academy !
- Le port de l’encens « très fort » pour Jenifer, malgré la chaleur.
- De la fatigue, des siestes, de la remotivation pour d’autres.
- Chemin du Jubilé « très sympa » pour Matthieu et Joseph, accompagnant une sœur en fauteuil.
- Passage aux piscines pour Amélie avec une dame malvoyante : apeurée, cette dame a plongée et en est ressortie heureuse. Il y avait aussi le sourire des sœurs aux piscines…
- Jenifer, qui prend le droit de parler une seconde fois, est allé chercher une dame pour les courses. « Cette dame m’a pris la main, j’ai été sciée sur place ».
- Nicolas se souvient de la « vieille », « larmes aux yeux en sortant de la Grotte, c’était émouvant ».

Je suis étonné de notre diversité, aperçue avec Proust et son questionnaire, et vécue face aux expériences nouvelles et renouvelées de chaque jour. Agréablement étonné. Heureusement étonné.

Mercredi 30 juillet, 10h20 : ce matin, beaux moments pour moi avec le chemin du Jubilé, partagé avec une partie du groupe. Comme je l’ai confié à Pascale et Véronique, je suis touché de voir la démarche de ces jeunes chrétiens, mes frères, cherchant et suivant le Christ. Faire ensemble le signe de croix, baiser l’autel et prier ensemble. Des frissons. Comme souvent, toujours même, me rendre compte de ce peuple de pèlerins, de croyants, que j’aimerai retrouver au quotidien et plus qu’une fois par an pour cet évènement. Faire de cet état de grâce, de ces cinq jours, un quotidien. De mon côté, être heureux de participer à cela, en aidant Pascale à l’organisation, certes parfois simplement matérielle…
Parfois loin de toi, Seigneur, j’espère et crois te trouver dans les visages de mes frères jeunes hospitaliers et dans ceux que nous servons à Lourdes, nos frères malades…
Je suis toujours serein et c’est agréable de vivre le pélé ainsi.

20h15 : assis sur un muret à l’accueil St Michel, en attendant les « salles à manger » et Pascale, je me rends compte que nous avons des journées de dingues ! A cette heure là, ne serions-nous pas devant la télé, un verre à la main, dans le canapé ou, vu la saison, sur la terrasse… Eh non, nous sommes là !
Là pour voir, durant la messe, une malade triste réconfortée par une autre malade, du coup, très mal installée et qui a répondu que même mal installée, elle faisait ça « pour Dieu ».
Pour une personne admirée également, cette petite sœur qui a toujours, toujours, toujours le sourire !
Comme nous, malgré les signes de fatigue, pour encore 24 heures, au moins !…

Vendredi 1er août, 5h25 : Réveil de Pascale, Laurence, Joseph et Véronique. Décevant ce retour en train ! Même pas un petit lapsus à se mettre sous la dent (après coup, les deux dernières heures à venir nous donneront quelques beaux éclats de rire !).
Mais un retour en train plein de beaux moments, encore, et un retour « encourageant » et qui me rend content…
Content de la venue et de la discussion de Guillaume et d’Emmanuelle au beau milieu de la nuit.
Content du goûter pris dans le fourgon quelques heures auparavant, tous ensemble.
Content que Jérôme ait fait mon lit le 1er soir du pélé !
Content des images compilées… pas forcément les photos numériques mais ces images partagées et pour quelques unes retranscrites dans ces lignes… sans compter toutes celles rapportées dans nos cœurs…
Content de boucler un pélé où j’ai été serein de bout en bout, malgré parfois le stress, « matériel ». Oui, peut-être, sûrement un peu « loin » spirituellement, mais comme Bernadette, prier simplement, le Notre Père en tête.
Content des partages avec les jeunes hospitaliers.
Content, tout simplement…

9h50, Gare de Valence, en attendant le TER me ramenant sur Lyon… L’évocation au petit déjeuner de la coopération avec Jérôme me revient en tête… Plein d’images me reviennent aussi : l’hum-our de Joseph et de tous (merci Denis !), l’engagement de mardi soir, le travail et la complicité avec Pascale, les discussions avec Dimitri, Marinette, Véronique et tant d’autres pèlerins, valides, malades, hospitaliers… en bref, les visages incarnés du Christ que j’ai pu croiser et admirer pendant 5 jours.
Finalement, cette année, je n’ai pas été touché tant que ça par la rencontre des malades… Certains doivent avoir le poil qui se hérisse ! Non, un peu moins d’émotions dans la rencontre, le premier contact, tant au fil des pélés, la logique, la « normalité » de la chose s’installe. Faire le chemin du pèlerinage ensemble. Faire de ces quelques jours un quotidien. Un train-train devenu quotidien.
Evidemment, être touché par une histoire, une expérience, une vie, mais surtout s’amuser et vivre pleinement l’instant présent (n’est-ce pas une devise de notre groupe cette année ?) et toujours avec le sourire !
Que de sourires et de complicité avec les malades, certains « anciens » que je connaissais déjà. Les « présentations » ne sont plus à faire, tout comme avec les hospitaliers, de notre groupe, et les plus anciens. Un sentiment d’appartenance, mêlé à un sentiment de plénitude et de sérénité. Quelque chose de très agréable… Pour les « pastilles jaunes », les nouveaux – jeunes et malades – la rencontre n’inquiète plus. On sait que « ça va rouler » ! Tout devient si simple d’années en années… On le vit, tout simplement.
Comme je l’ai évoqué dans le fourgon le dernier soir et comme j’ai pu l’expliquer à certains, ce sont les jeunes hospitaliers qui m’ont aussi, encore, apporté des frissons, par leur détermination, leur dévouement, leur énergie sans faille.
J’ai vécu Lourdes cette année de manière sûrement différente, en particulier au niveau spirituel. Sans me mettre de pression, en vivant les moments comme ils se présentaient, sans me devoir d’atteindre d’objectifs précis. Prier simplement, comme Bernadette, ensemble, en espérant que ce soit la bonne voie pour louer le Seigneur et le remercier pour ces moments de vie tendres et chaleureux partagés ensemble.

Voilà ce que j’aurai aimé dire aux passagers de la voiture 17 du TGV de vacanciers dans laquelle je suis assis quelques jours après le pélé… Je n’ai pas osé, mais qui sait mon voisin aura peut-être posé un regard sur ces lignes et se posera la question… tout comme les amis que j’ai rejoint pour ces quelques jours de vacances et que j’ai invité à venir vivre l’hospitalité à Lourdes l’an prochain.
Alors, anciens et nouveaux à venir, tous à vos agendas : départ du train le 28 juillet prochain !