Les causes de la faim et le sens du développement

Ce samedi 10 novembre, près de 80 personnes ont répondu à l’invitation de l’Équipe d’animation diocésaine du CCFD-Terre solidaire. L’objectif de la journée : prendre conscience de la finitude des ressources de notre planète, saisir les enjeux et réfléchir à de nouvelles pratiques pour un monde qui met l’homme et la nature au centre des préoccupations.

Mgr Balsa, au début de la journée, a affirmé son soutien à cette ONG qui montre son expertise en matière de développement. Il a conseillé de « mettre les mains dans le cambouis, une oreille sur l’Évangile et l’autre sur le Peuple ». Il a d’autre part évoqué le synode des évêques à Lourdes, disant son inquiétude devant la montée des populismes en Europe, mettant en danger le dialogue entre les peuples et la construction de la paix.

Promouvoir un développement durable et solidaire, c’est mettre en question notre modèle de développement.

André Briquet a ensuite évoqué l’évolution des regards portés sur le développement, par le CCFD-Terre solidaire. « A partir de 2008, l’engagement se porte sur les questions liées au type dominant de développement mondial et à la recherche d’alternatives qui permettent de construire une terre solidaire. Redéfinir la notion de richesses, agir pour la promotion de nouveaux modes de vie plus frugaux et pour une utilisation responsable des ressources naturelles, ce sont les questions au centre du thème d’animation des prochaines années sur le « sens du développement ».

Des ateliers pour mieux comprendre

Animés par Johan Charvet, André Barcet, André Briquet, Gabriel Trombert et Claude Rouveyrol, les ateliers de réflexion sur les causes de la faim ont ciblé les conflits armés 1ère cause de la faim ; la spéculation alimentaire avec des marchés totalement déconnectés de l’économie réelle ; les changements climatiques qui affament et poussent des populations à l’exil ; l’agrobusiness qui met en danger l’environnement et la santé des populations ; la perte de la biodiversité, qui met en péril la sauvegarde de la planète.
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Comment agir comme citoyen ? Faut-il se résigner à ces constats ?

Le groupe de réflexion sur la spéculation alimentaire a souligné que nous pouvons soutenir les partenaires qui luttent contre la spoliation des terres, contre la culture intensive d’agrocarburants ou d’huile de palme. La canne à sucre, par exemple, en Colombie, c’est de l’éthanol pour l’exportation : les éleveurs sont déplacés et spoliés de leurs terres, et voient les investisseurs débarquer pour rentabiliser la production sucrière, à grands renforts d’intrants chimiques.
D’autre part, il est important de placer notre argent sur des fonds éthiques ou d’interpeller notre banque à ce sujet. Reste aussi à soutenir les marchés locaux, développer la responsabilité morale des entreprises, soutenir les projets d’agrobiologie ici et là-bas. Des solutions existent, même si parfois nous nous sentons impuissants. Le courage dont font preuve nos partenaires qui luttent pour le respect de la biodiversité, la protection des terres, l’accès à l’eau ou la protection des semences natives, nous interpelle.

A nous de mettre en cause notre modèle de société ! Il en va de notre survie.

Il est nécessaire de mobiliser les citoyens, pour que les structures changent. Le plaidoyer au CCFD-Terre solidaire consiste à aller à la rencontre des décideurs politiques. Notre ONG siège à la table des négociations à Bruxelles, dans la transparence. 7 personnes salariées sont impliquées, pour un budget de 300 000 €. Monsanto n’hésite pas à dépenser 600 millions d’€ dans le flou total ! Preuve que la mobilisation fait avancer des luttes : elle a abouti à la loi concernant le devoir de vigilance des entreprises, suite à la catastrophe du Rana Plazza en Inde. Les élections européennes au printemps 2019 seront marquées par toutes ces questions et chacun devra prendre sa part, là où il se trouve.

Nous n’avons plus beaucoup de temps devant nous. L’alternative est simple : changer… ou disparaître. ( Naomi Klein « Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique »Coédition Actes Sud/Lux)

Renée Gaude