Homélie de Mgr BALSA à la messe chrismale Mardi 11 avril 2017

Mes chers amis prêtres, et je vous prends à témoins diacres et laïcs,

Notre rencontre de ce matin manifeste une fois de plus que nous formons ensemble un seul corps que nous appelons presbyterium, au service d’une seule Eglise, celle qui est en Ardèche, au service elle-même des gens d’ici, croyants ou pas.

Je voudrais ce matin vous témoigner que le presbyterium n’est pas un mot en l’air, et qu’ici, dans notre diocèse de Viviers, il est une réalité.
Au fur et à mesure que je vous rencontre, vous les prêtres, je suis impressionné par vos charismes différents, mais surtout par votre passion commune de l’Evangile qui se traduit par un soucis permanent de proximité avec ceux vers qui vous êtes envoyés.
Mais aussi par un certain plaisir d’être entre prêtres. J’en veux pour preuve le voyage fait à Annecy ensemble l’année passée, ou la retraite vécue en juin dernier à Notre Dame des Neiges. Je sais aussi que certains d’entre vous prennent ensemble leurs vacances.
Plaisir aussi dans ce diocèse d’être des prêtres séculiers, fidei donum et religieux au service d’un même peuple.

Par vos différents ministères, j’ai constaté, particulièrement dans les premières visites pastorales, que vous assurez l’unité de l’Eglise en réalisant ce que le Concile Vatican II exprime dans le paragraphe 4 de Lumen Gentium :
« L’Eglise tire son unité, de l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit ».
Vous avez une manière très spécifique et profondément trinitaire de réaliser cette unité :

D’une part, vous êtes passionnés par ceux que vous rencontrez, et à travers le sérieux avec lequel vous accueillez telle ou telle personne, vous croyez vraiment que le Saint Esprit habite tous ces gens.

Sinon, comment supporteriez-vous tous ceux qui s’approchent de l’Eglise, pour exiger ou mendier, qui un baptême, qui un mariage, qui un enterrement, qui un peu de caté (mais pas plus que pour avoir une première communion, une confirmation en poche), alors que nous savons que probablement, il n’y aura pas de lendemain visible dans l’Eglise.

Et comment vivre tout cela si vous n’étiez pas persuadés comme prêtres que l’Esprit agit chez tous ces gens qui ne le savent pas, et qui en s’approchant de nous crient à leur manière : « Abba, Père », peut-être mal, peut-être pas dans les formes, mais qui comme la Syrophénicienne essayent de grappiller quelques miettes.
Sans l’Esprit Saint que nous contemplons dans le peuple qui nous est confié, comment résister à nos énervements, comment résister à la tentation de l’acédie dont parle le pape François dans la joie de l’Evangile.

D’autre part, nous les prêtres de l’Ardèche, nous sommes passionnés par Jésus-Christ, et nous ne nous contentons pas de contempler l’action de l’Esprit Saint.
Comme prêtres, nous proposons une rencontre personnelle avec Jésus, à travers sa Parole, les sacrement ou la vie communautaire.
Beaucoup d’entre nous proposent aux personnes une rencontre possible avec Jésus.
En cela, les prêtres que nous sommes permettent à Jésus de se révéler.
Autant, nous sentons bien que si l’Esprit de Dieu est à l’œuvre chez les gens de manière implicite, pour autant, la rencontre de Jésus-Christ n’est pas naturelle.
Par notre ministère, Jésus-Christ lui-même se révèle explicitement à des gens qui ne peuvent pas l’inventer, nous permettons à Jésus-Christ de faire irruption dans leur vie de manière salutaire.
Pas comme une simple valeur ou une morale, mais comme la rencontre décisive avec quelqu’un qui les sauve.

Comme dit le Concile Vatican II, nous mettons en lumière ainsi par notre vocation de prêtres l’unité de l’Esprit et du Fils, voulue par Dieu le Père, chez ceux que nous rencontrons.

Mais pour continuer de vivre cela, il faut nous interroger dès maintenant sur les conditions de vie de nos ministères.

Dans les visites pastorales que j’ai commencées, j’ai pu constater que nos conditions de vies de prêtres, ne sont pas toujours évidentes.

Bien sûr que nous n’avons pas à craindre pour nos fins de mois, que nous sommes à l’abri du chômage, que nous n’avons pas le soucis d’une faire vivre une famille, que notre vieillesse sera accompagnée, bref que nous ne serons jamais à la rue.
Mais par ailleurs, il est vrai qu’on nous demande beaucoup.
Et le petit nombre que nous sommes devenus, nous oblige à nous interroger légitiment sur les conditions d’exercice de nos ministères et à ne pas faire l’autruche quant à l’avenir, ce qui reviendrait à dire : « après moi, le déluge ».

Dans l’itinéraire de chacun il y a la part des fragilités personnelles et le discernement opéré dans le for interne. Je n’ai pas bien sûr à m’exprimer sur ces points. Mais il y a sûrement une sollicitude fraternelle à exprimer à chacun.
Par contre il y a également la part des conditions concrètes de vie et d’exercice du ministère qui sont à prendre en compte.
Sur ces points nous pouvons opérer une réflexion sérieuse et sans doute prendre les mesures qui nous sembleront les plus adéquates. Le Conseil presbytéral va commencer à y réfléchir.
Il ne s’agit pas d’évacuer la croix. Les difficultés inhérentes au ministère et à la vie seront toujours là ; et que serait l’Evangile sans la croix et le mystère de Pâques ?
Voici donc quelques questions qui me semblent liées aux épreuves qui ont conduit aux départs de certains, aux burn-out d’autres :
-  Est-ce que la formation, et le cadre de cette formation au séminaire, permettent-ils d’arriver sans trop de dommages sur la réalité du terrain pastoral tel qu’il est et non pas tel qu’il est rêvé ?
-  La multiplicité des charges, des missions, confiées ne risque-t-elle pas de faire perdre le sens de ce que nous vivons et de ce pour quoi nous nous sommes engagés ?
-  Qu’en est-il de notre rythme de vie ? Savons-nous nous arrêter ? Se référer sans cesse à la nécessité de l’Evangélisation ne tourne-t-il pas parfois à une complaisance cachée dans l’activisme ?
-  Le modèle pastoral lui-même et l’organisation, fondés sur un maillage territorial, sont-ils encore pertinents et ne sont-ils pas là encore facteurs d’épuisement et de dispersion ? Et n’empêchent-ils pas un dynamisme et des initiatives ?
-  Notre logique pastorale, et plus profondément la manière de vivre de nos communautés chrétiennes correspondent-elles encore à ce qu’est la vie de nos contemporains aujourd’hui ?
-  Si certains prêtres souhaitent entrer dans une nouvelle logique pastorale, nos paroissiens « traditionnels » n’y sont pas préparés et continuent de « fonctionner » comme ils l’ont toujours fait. Cela peut-être aussi source de pression.
Notre vie de prêtres n’est pas juste une question d’organisation de notre emploi du temps et de contingences matérielles. Il y a un appel à un renouvellement profond de la vie en communauté chrétienne. Un renouvellement dans l’être, qui dans le contexte nouveau d’aujourd’hui, conduira à un visage lui aussi nouveau, voire inédit de l’organisation et de la « forme » de nos communautés.

Voilà les questions dont nous pouvons nous emparer ensemble et pour faire que nos ministères et ceux qui viendront après nous restent fidèles à leur engagement de prêtres et en goûtent un vrai bonheur.

La semaine dernière, nous avons accompagné le Père Jean Lévêque pour ses obsèques à Tournon.
J’ai été frappé par les témoignages des laïcs et du Père Villedieu. Ce que j’ai entendu, c’est le mot « Ami », le prêtre comme « ami ».

En nous regardant aujourd’hui, puissions-nous entendre les paroles de Jésus : « je ne vous considère pas comme des serviteurs, mais comme des amis ».
Oui puissions-nous prendre les moyens d’êtres les amis des gens vers qui nous sommes envoyés, à la manière du Dieu bon et ami des hommes.

Que tous les laïcs ici présents nous soutiennent : à l’appel de Dieu, c’est son peuple qui nous fait prêtres de jours en jours.
A vous, peuple de Dieu de continuer à faire de nous des prêtres.

Je pense particulièrement à vous, les laïcs qui sont engagés dans la pastorale du diocèse. A un titre ou à un autre, vous participez à notre ministère selon vos charismes. Vous savez donc quelque chose du ministère des prêtres. C’est ensemble que nous devons continuer notre route.

Monseigneur Wictor, voyez comme le peuple de Dieu est ici beau, bon et vrai.
Nous ne sommes pas nombreux comme chez vous, mais nous aimons notre Eglise d’Ardèche telle qu’elle nous a été donnée par Dieu.
Les jubilaires et les anciens qui sont ici peuvent en témoigner
Des jeunes gens d’ici commencent à sentir un appel de Dieu à devenir prêtres un jour. Ils sont actuellement cinq.
Cela veut dire que notre Eglise fait envie à des jeunes de suivre le Christ au service de l’humanité.

Pour les années qui viennent, nous aurons besoin d’un soutien de prêtres pour pouvoir vivre les défis missionnaires nouveaux dans l’Ardèche.

C’est pourquoi, je vous demande solennellement comme pasteur de l’Eglise qui est à Viviers, à vous qui êtes le pasteur de l’Eglise qui est à Katowice en Pologne et qui nous a si bien accueillis pour les JMJ, de bénéficier du ministère de trois prêtres jeunes, fidei donum, avec un charisme missionnaire.

Nous ne mendions pas : nous voulons simplement faire un échange de richesses, de votre part l’occasion de rester ouverts au monde, de notre part, l’occasion aussi de continuer de nous enrichir de la vie d’une autre Eglise, comme nos amis religieux ou Fidei donum d’Afrique nous ont déjà ouvert la voie.

Merci Monseigneur Wictor d’entendre cet appel, et à la grâce de Dieu.

AMEN

Mgr Jean-Louis BALSA
Evêque de Viviers