Homélie de Mgr BALSA à la messe chrismale Mardi 16 avril 2019

Chers frères prêtres, chers amis diacres,
Vous tous qui êtes présents,

Nous avons ce bonheur d’être ensemble et comme dit l’Écriture « qu’il est bon pour des frères d’être ensemble ». Nous sommes rassemblés pour former l’Église du Seigneur Christ.
Nous avons une pensée évidemment pour nos frères et sœurs de Paris, bien sûr nous sommes tous touchés par ce qui est arrivé à la cathédrale Notre-Dame, vous avez vu les images et vous avez été frappés et choqués. Tout cela est peut-être à relire dans une longue série d’événements qui touchent l’Église en France. Nous sommes sur la sellette depuis un certain temps, dans les médias en particulier, avec tous ces drames et ces tragédies qui ont lieu avec quelques-uns des prêtres qui ont été des pédophiles. Mais en même temps il y a des beaux événements et je pense en particulier, au moins au niveau français, à ce que le père Hamel a pu témoigner de ce qu’est d’être prêtre, sur sa vieillesse quand au moment où il pouvait penser être tranquille après sa retraite et bien il a été sujet de fous, de gens qui pensaient quand s’attaquant à l’Église on pouvait s’attaquer à la vérité. Aujourd’hui, c’est ce contraste qui nous habite.

Je me disais dans ma méditation que peut-être Notre Dame, pas uniquement Notre Dame de Paris mais la Vierge Marie, nous envoie un signe en nous disant : attention à votre Église, elle n’est pas aussi solide que vous le croyez. L’Église, ce n’est pas d’abord des pierres mais ce sont des hommes et des femmes qui ont été appelés. Malgré le drame évidemment qui touche à la fois l’architecture et les chrétiens du diocèse de Paris, peut-être que Notre Dame, à travers tout cela, est en train de nous rappeler que notre Église est très fragile et qu’elle est sujette aussi à des tas d’événements qui peuvent l’ébranler.

Prenons-le comme un appel à former une Église non pas de pierres mais une Église d’hommes et de femmes fragiles, qui font ce qu’ils peuvent, fidèles au Seigneur. Relayons les propos du pape François qui ne cesse de nous dire et de nous rappeler que nous formons une Église d’hommes et de femmes baptisés qui sont comme ils sont et que le Seigneur les appelle à la sainteté.

Aujourd’hui c’est ce que nous célébrons. Nous célébrons une Église vivante, notre église d’Ardèche faite d’hommes et de femmes, dont je suis le témoin jour après jour. Les prêtres en particulier, ils accomplissent jour après jour leurs missions, aiment les gens, sont normaux et font ce qu’ils peuvent.

Ne nous laissons pas impressionner par cette ambiance de calamité. Regardons la réalité et regardons le chemin que nous faisons pour être fidèle à l’Évangile. Oui il y a des pièges qui nous guettent. Tout d’abord il y a tous ceux qui pensent que finalement, d’une manière assez globale, il faudrait faire des compromis, on s’installe alors dans un humanisme où le retour du Seigneur est très loin. Nous ne croyons plus tellement en l’intervention active de l’Esprit du Seigneur.

Puis, il y a l’autre version, le revers de la médaille, la radicalité. Certains, par rapport à une situation difficile et au lieu d’être dans des compromis, se jettent dans la radicalité. Le monde devient alors diabolique, sauf évidemment pour ceux qui prétendent le monde diabolique. On attendrait que Dieu intervienne et supprime tout ce qui le gêne alors qu’aujourd’hui nous célébrons un Christ qui ne juge pas le monde à la manière dont nous le jugeons mais qui juge le monde par sa Croix. Qui juge le monde en se faisant proche des pauvres, des petits, de tous ceux qui sont loin de Dieu, de tout ce qui ne sont pas fréquentables et il ne voit pas en eux le Diable, il voit en eux l’Esprit Saint travaillant et disant que ce monde peut être sauvé.

Ne tombons alors ni dans des compromis de types humanistes ni dans des compromis de types radicaux - il y a assez de radicaux dans les religions du monde s’en que nous en rajoutions – mais accrochons-nous à Jésus-Christ. Allez à Jésus Christ ! Allez à la source ! Attendons du Seigneur la non-condamnation du monde car en Lui, synthèse entre l’humanité et la divinité, il n’y a pas de rejet de Dieu, il y a cette union profonde entre le monde et Dieu, entre notre humanité et sa divinité. C’est cela ce qu’on attend de nous, ce qu’on attend des chrétiens. Pas des hommes et des femmes qui disent « je suis croyant, il suffit de faire de la morale et ça ira très bien », pas non plus des gens qui partent au combat comme des Croisés en disant « ce monde est pourri et on va le combattre ». Mais aimer ce monde comme Dieu l’a aimé, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son propre fils.

Il ne s’agit pas d’être naïf, il s’agit pas d’être des gens qui sont dans une bulle, mais il s’agit d’être des gens qui prennent la responsabilité d’hommes et de femmes témoins de Jésus-Christ tel qu’il l’est. Comme disait l’Epître aux Galates dans Saint Paul : « Que ce ne soit pas moi qui vis et que cela soit le Christ qui vit en moi ». C’est ce qu’on attend de nous aujourd’hui, pas des mots mais du vrai témoignage. Le témoignage, la vérité se fait avec les pauvres. C’est avec les pauvres que l’on vérifie si on a la foi. Allons-nous, comme le Christ, vers ce qui est perdu ? C’est ce que nous faisons les uns les autres ici dans ce diocèse, nous allons en permanence vers ce qui est perdu. Nous revenons peut-être à une époque où les premiers chrétiens n’étaient pas des gens qui faisaient des déclarations mais qui témoignaient jusqu’au sang.

Cela se produit jusqu’à nous puisque Gabriel Longueville dans quelques jours, le 27 avril à La Rioja en Argentine, sera béatifié. Était-il un homme supérieur aux autres ? Non il était comme nous, il a grandi avec des parents qui lui ont transmis la foi, et des catéchistes. Puis il a fait son parcours, petit à petit et a répondu à l’appel du Seigneur en devenant prêtre. Et, chemin faisant, son témoignage est allé à prendre en compte la réalité telle qu’elle se présentait. Enfin cet appel mystérieux à partir en Amérique Latine, en Argentine. Pourquoi ? Et bien nous ne savons pas. Il y avait un vrai appel avec une vraie prise au sérieux de l’évêque. Et là-bas, la réalité qui s’impose toujours.

Mais pourquoi est-ce qu’un homme et tous les autres deviennent martyrs ? C’est qu’à un moment donné ils entendent l’Esprit-Saint qui appelle à travers les gens avec qui ils sont. Comment faire un choix entre une dictature et un choix avec ce qui n’est pas la dictature ? Gabriel Longueville avec son évêque, avec son vicaire, avec un laïc et tellement d’hommes et de femmes dont on ne saura jamais les noms, a témoigné. Témoigner, c’est prendre la décision de la vérité et des plus pauvres. Voilà le chemin que Gabriel nous montre et que nous célébrons le 8 juin prochain à Étables.

Notre Église d’Ardèche doit continuer à être témoin de l’Évangile sans condamner le monde sans exclure Dieu mais en étant Jésus-Christ présent, homme et Dieu, fils de Dieu n’étant pas le Père, sans nous prendre nous-mêmes pour Dieu le Père mais le laissant sans agir lui-même à travers nous et bien nous aurons répondu à notre vocation. Il y a du chemin car beaucoup d’hommes et de femmes et nous les prêtres nous sommes fragiles les uns les autres. Certains n’ont pas besoin de la grâce pour pouvoir agir, ils sont tellement dans un système où la grâce de Dieu ne sert à rien. Nous, nous comptons sur la grâce de Dieu. Sans lui on ne peut rien faire et c’est à lui de décider si nous sommes dans la vérité ou dans l’erreur. Mais en attendant le jugement dernier, le Christ lui nous entraîne vers cette réconciliation du monde avec Dieu. C’est cela notre mission : que les hommes et les femmes, qui vivent dans l’Ardèche, soient réconciliés avec Dieu. Demandons aujourd’hui au Seigneur cette grâce.

Je demande à vous, baptisés, de faire corps avec les prêtres parce que nous sommes un, un seul peuple de baptisés, un seul peuple de Dieu et nous avons une mission. Le but ce n’est pas nous mais le royaume de Dieu c’est-à-dire des hommes et des femmes rétablis à l’image de Dieu et que là où à chaque fois qu’un être humain est défiguré de l’image de Dieu que nous puissions agir. C’est ici notre place. C’est aussi la place de Jésus, ne manquons pas aussi d’être à côté de lui et d’être lui agissant dans ce monde. Amen.

+ Jean-Louis BALSA
Evêque de Viviers

Retrouver ici les nominations rendues publiques par Mgr Balsa à l’issue de la célébration