Les jeunes du diocèse à Vintimille : on en parle ! Juillet 2017

La chaîne KTO et la revue Famille Chrétienne sont venues à Vintimille rencontrer les jeunes du diocèse au service des migrants.

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Famille Chrétienne - A Vintimille, des jeunes ardéchois à la rencontre des migrants
KTO - Mission humanitaire diocésaine à Vintimille

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KTO - Reportage
Mission humanitaire diocésaine à Vintimille


FAMILLE CHRETIENNE N°2064 du 2 août 2017
À Vintimille, des jeunes Ardéchois à la rencontre des migrants

Fin juillet, une trentaine de jeunes Ardéchois s’est rendue à Vintimille, à la frontière franco-italienne. Objectif : manifester leur solidarité active auprès des migrants. Et vivre, en diocèse, un temps fort spirituel.
Soudain, ils apparaissent. Au détour d’une rue, par grappes de deux ou trois, de jeunes hommes à la peau sombre prennent place dans le décor de Riviera qu’offre Vintimille (Italie), ville de cinquante-cinq mille habitants située à moins de dix kilomètres de la frontière française. Depuis plusieurs mois, des centaines de réfugiés stationnent quelques jours ici, entre Méditerranée et montagnes. Leur objectif : passer en France pour tenter d’y rester ou continuer vers l’Angleterre, l’Allemagne, les pays scandinaves… Une étape de plus dans un périple entamé depuis plusieurs mois pour la plupart des candidats à l’émigration. Au grand dam d’une partie de la population locale, Vintimille a succédé à Calais comme symbole d’une Europe désorientée devant l’afflux des populations du Sud.

Dans l’enceinte de la Caritas locale, ils sont entre deux et trois cents à prendre ce matin leur frugale et unique collation de la journée : deux tranches de pain tartinées de Nutella et un thé chaud. Parmi les bénévoles italiens qui accueillent les migrants, de jeunes catholiques d’Ardèche venus prêter main-forte dans les trois camps de réfugiés de la ville que gèrent la Caritas, la Croix-Rouge et la paroisse Sant’Antonio (voir encadré). Ils sont une vingtaine, pour beaucoup du voyage à Cracovie pour les JMJ, à avoir rallié cette fois la Ligurie depuis l’Ardèche, délaissant montagnes et plateaux pour le bord de mer.

Pour les accompagner, deux prêtres ardéchois, les quatre jeunes séminaristes du diocèse et Mgr Jean-Louis Balsa. Ordonné en 2015, l’évêque du diocèse de Viviers est à l’origine de ce projet. « J’ai assisté, en novembre 2015, à Lourdes, à ma première assemblée plénière des évêques de France. Le cardinal Montenegro, archevêque d’Agrigente, était invité pour nous parler du problème de l’accueil des réfugiés. En effet, Lampedusa se trouve sur son territoire. Il a rappelé les paroles du pape François : “L’Europe peut-elle continuer à se fermer sur elle-même, dans son bien-être, devant une Méditerranée en flammes et une Afrique subsaharienne à bout de souffle ?” »

À la mesure de son diocèse, Mgr Balsa a voulu donner une suite concrète à l’appel pressant du prélat italien. Natif des Alpes-Maritimes et ancien vicaire du diocèse de Nice, l’évêque de Viviers s’est rapproché de son homologue du diocèse de Vintimille-San Remo pour mettre sur pied ces deux semaines sur le terrain.

Le sourire des migrants

 « J’avais envie de me confronter à la réalité de ce qu’habituellement je vois à la télé. » Jade, 17 ans, habite Vals-les-Bains, station thermale des monts d’Ardèche. « Les réfugiés, l’agitation, c’est sûr, ce n’est pas mon quotidien », reconnaît la jeune fille, par ailleurs engagée chez les Guides de France. Depuis son arrivée en Italie, Jade évolue parmi la centaine de femmes et quelques enfants hébergés dans les sous-sols de l’église Sant’Antonio. Sur le terrain de foot en goudron qui jouxte l’église, elle conduit dans un Caddie une petite fille africaine. « C’est le jeu préféré des enfants ! », explique Jade dont les craintes de ne pouvoir entrer en communication se sont rapidement évaporées. Le sourire des migrants dit simplement leur confiance en l’avenir ; leurs prières « donnent envie de croire »
à la jeune Française, qui parfois doute.

Étudiante à Marseille, mais originaire de Tournon sur les rives du Rhône, Célia, 22 ans, pensait elle aussi « être confrontée à un peuple abattu ». La jeune femme loue au contraire la dignité de ces hommes et femmes qui fuient un pays en guerre ou aspirent tout simplement à une vie meilleure. Elle se dit également édifiée par leur ténacité.

La ténacité, Eisa n’en manque pas. Le jeune Érythréen de 17 ans est sur les routes depuis novembre 2016. « Je suis passé par les Émirats arabes unis et l’Égypte. Au bout de trois tentatives, j’ai réussi à traverser la mer et suis arrivé en Italie. » Arrivé hier à Vintimille, Eisa regarde la voie de chemin de fer voisine qui conduit en France. II explique qu’il tentera dès ce soir de passer la frontière « afin de rejoindre l’Angleterre, la Norvège ou la Nouvelle-Zélande », où il espère pouvoir suivre des études d’ingénieur. « Et si je n’y arrive pas ce soir, je recommencerai demain et après-demain. Autant de fois que nécessaire. Je n’abandonnerai pas », affirme le frêle, mais déterminé, garçon.

Le déracinement, Cyrille l’a vécu à l’âge d’1 an, même s’il n’en garde pas de souvenirs. « Je suis né en Inde et ai été adopté à Bombay, dans l’orphelinat de Mère Teresa, par mes parents de France », raconte simplement le jeune homme installé à Aubenas. « Forcément, voir ces hommes et ces femmes être contraints de quitter leur pays, ça résonne en moi de façon particulière. Quand je croise des garçons de 15-16 ans, je me demande comment ils ont fait pour arriver jusqu’ici… », interroge le jeune homme, engagé chez les Scouts d’Europe.

Baptiste, lui, s’avoue déstabilisé par le contact avec les migrants. Actuellement en formation pour le diocèse de Viviers, le jeune homme de 18 ans intégrera l’Institut Notre-Dame de Vie à Venasque après une année de propédeutique à Paray-le-Monial. « Ils sont là, mais ils ne sont personne, analyse-t-il. Nous les côtoyons, nous échangeons avec eux en oubliant parfois qu’ils n’ont rien et que leur avenir est totalement incertain. Je sais juste que Dieu les conduit. »

 « Je souhaite que chaque jeune retienne de son séjour ici que le Christ se fait particulièrement proche des pauvres », note de son côté le Père Fabien Plantier, curé à Aubenas. « Les migrants nous apprennent à voir l’essentiel dans nos vies. À travers leurs exemples, je contemple la toute-puissance de notre Dieu manifestée par sa capacité à se faire tout-petit », ajoute le prêtre accompagnateur de 37 ans.

« Je veux le meilleur pour ces jeunes »

Chaque jour, après avoir œuvré auprès des migrants, les Ardéchois reviennent en début d’après-midi à leur hébergement de Bordighera, à quelques kilomètres à l’est de Vintimille. Là, dans l’immense séminaire diocésain désert l’été, les jeunes prennent un temps de repos, font une partie de foot ou travaillent au film qu’ils diffuseront à leur retour dans le cadre de soirées témoignages (1) Dès le départ, ce séjour a été pensé comme « un concentré d’expérience ecclésiale », précise Mgr Balsa.

En tant qu’« aînée », Célia a intégré l’équipe d’organisation (2) qui met sur pied depuis plusieurs mois ces deux semaines italiennes. « Autour de notre évêque, nous avons souhaité que ce voyage s’articule autour de trois axes : la charité avec les migrants bien sûr, mais aussi la vie spirituelle et le partage fraternel », reprend Célia.

Une sorte de retraite, puisque les laudes, la messe avec un temps de partage en groupes sont au programme de chaque journée. Médité quotidiennement, le livre de l’Exode s’incarne dans le visage des migrants qui ont tout quitté et qui n’ont rien. « Je ne souhaite pas parler des Psaumes avec les jeunes, je veux prier les Psaumes avec eux », explique Mgr Balsa qui se démène pour que « ses » jeunes « puissent rencontrer le Christ et faire l’expérience d’une vie d’Église. Je ne m’inquiète pas trop de ceux qui ne fréquentent pas nos églises. En revanche, je veux le meilleur pour ceux que mes prêtres et moi croisons le dimanche », ajoute avec force le prélat.

 « Je ne rêve pas d’une Église qui n’existe plus », confie avec franchise l’évêque de Viviers. Âgé de 60 ans, ce nouveau venu dans le collège épiscopal de France souhaite incarner au milieu des jeunes de son diocèse cette parole de saint Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. »

Issu d’une famille non croyante, converti par la musique, Mgr Balsa est un évêque tout terrain capable d’accompagner, sandales aux pieds et sac-poubelle à la main, les jeunes dans leur tournée de nettoyage. Chaque matin en effet, une équipe se rend sous la bretelle routière où des centaines de réfugiés passent la nuit sur un bout de carton. Là, ils circulent entre les nattes de fortune, les paires de baskets et les tapis de prière pour y ramasser les immondices qui s’y multiplient.

 « Une part d’aventure est nécessaire pour enthousiasmer les jeunes », précise Mgr Balsa. Sa présence à leurs côtés les touche : « J’ai l’impression que nous avons un rapport assez unique avec notre évêque, confie Célia. Je suis sensible au fait qu’il passe ces journées avec nous. Et si lui-même, avec son agenda bien chargé et avant de partir en pèlerinage diocésain à Lourdes, trouve le temps d’agir, cela nous encourage à nous donner aussi ! » Originaire de Saint-Marcel-d’Ardèche, lycéenne à Châteauneuf-de-Galaure, en Drôme voisine, Armelle, future étudiante en psycho à l’IPC, ne connaissait pas Mgr Balsa. Idem pour les jeunes qui l’entourent en Italie. « Je suis vraiment heureuse de partager cette expérience avec des jeunes de mon diocèse d’origine », explique-t-elle. En Ardèche, dans un département qui ne comptera plus que quinze prêtres dans dix ans, il est primordial de resserrer les liens, voire de susciter chez les plus jeunes un attachement à l’Église locale.

En troisième année de séminaire, Emmanuel, 21 ans, intégrera le séminaire français à Rome. Pour poursuivre sa formation et mieux revenir au service de cette terre qui l’a vu grandir. Cette démarche diocésaine à l’étranger nourrit autant qu’elle confirme sa décision d’intégrer dans quelques années le clergé ardéchois. Emmanuel l’exprime clairement : « Je veux faire alliance avec l’Ardèche et ses habitants. »

L’Italie esseulée

À Vintimille, le sort des réfugiés « divise la population et fait naître un sentiment anti-européen », explique Don Rito Alvarez, curé colombien de la paroisse Sant’Antonio, qui a ouvert les portes de son église aux migrants dès avril 2016. Depuis, des centaines d’entre eux ont repris souffle ici et ont pu bénéficier d’un élan de solidarité, cette fois, international.

« Certains me reprochent de donner une mauvaise image de la ville », regrette le prêtre qui a vu une partie de ses paroissiens déserter.

Confrontée à l’afflux des migrants sur son territoire, l’Italie « fait son devoir et attend que les autres pays européens fassent de même », a déclaré Paolo Gentiloni, président du Conseil italien. Loin de se tarir, le flux migratoire à destination de l’Italie ne cesse d’augmenter : depuis le début de l’année, la péninsule a accueilli en urgence près de 80 000 migrants, soit 13 % de plus que l’année précédente pour la même période.

Vis-à-vis de la France, les autorités italiennes attendent d’Emmanuel Macron qu’il concrétise ses déclarations. « J’avais applaudi en entendant le président Macron reconnaître à Bruxelles que l’Italie avait été laissée seule ces dernières années devant les flux de migrants. Que la France agisse maintenant en conséquence », a déploré le ministre de l’Intérieur Marco Minniti.

Benjamin Coste

(1) Les jeunes Ardéchois partageront leur expérience italienne lors de Croq-la-Vie, rassemblement des collégiens rhônalpins qui aura lieuà Valence (Drôme) les 21, 22 et 23 octobre.
(2) Pastorale des jeunes de l’Ardèche : pastojeunes07@gmail.com